Homélie du 28 juin 2020

HOMELIE   DU  28  JUIN   (Matthieu 10,37-42)

Cette phrase qui commence l’évangile d’aujourd’hui : « Celui qui aime son père ou sa mère… son fils ou  sa fille,  plus que moi n’est pas digne de moi… »  a fait immédiatement réagir une personne (maman et grand-mère, elle-même) qui se retrouvait en réflexion dans un groupe… pour dire son désaccord bien sûr… Et c’est vrai que cette phrase effectivement très ambigüe, dans toute l’histoire de l’Eglise a souvent été utilisée pour affirmer : « Dieu, premier servi ! » où on a l’impression que Dieu se met en concurrence avec les humains et là particulièrement nos proches… C’est presqu’une histoire de jalousie entre Jésus et les hommes… Cela a amené beaucoup de souffrances pour des personnes rejetées par amour soit disant préférentiel pour Dieu…

Pour bien comprendre ce texte, il faut commencer par la dernière phrase où Jésus, pour montrer l’importance de ces mots, s’exprime de manière solennelle : « Amen, je vous le dis… » : « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche à l’un de ses petits, amen, je vous le dis ; non il ne perdra pas sa récompense. » Un tout petit geste : Qu’est-ce que c’est qu’un verre d’eau ? Donné à un tout petit… Cette affirmation a beaucoup d’importance, mais ce geste tout simple ne s’exécute pas n’importe comment car c’est comme cela qu’on manifeste l’importance qu’on donne à ce petit : C’est un simple verre d’eau, d’accord, mais un verre d’eau fraîche, et cela dit beaucoup de la belle et respectueuse relation que l’on veut avoir avec ce petit. Par-là, Jésus nous indique que tout geste d’amour, si modeste semble-t-il, est précieux et a valeur d’éternité.

Et puis, il y a six fois le mot accueil  et là nous découvrons, que Jésus ne demande pas l’exclusivité de l’amour, il n’est pas jaloux… Pour lui aimer, c’est accueillir et ce n’est pas une relation exclusive, c’est une relation en chaîne : « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé…. »  Il n’y a pas de préférence quand on aime à la manière de Dieu et surtout personne n’est exclu, surtout pas le plus petit….Et c’est d’ailleurs ce qu’a expliqué un des autres membres du groupe de réflexion évoqué tout à l’heure… Il est parti de sa propre expérience qui lui a permis de comprendre le sens du début de cet évangile : Il a  connu des parents pour qui seuls comptaient les membres de sa famille. Tout était vu pour le bien de ses proches, ils avaient l’exclusivité et tant pis si cela se vivait au détriment des autres… Les siens d’abord (pour reprendre l’évangile : Ils ne voulaient pas perdre leur vie !)…. Les autres, on verra après… et puis ils n’ont qu’à se débrouiller aussi… Ce fait-là nous permet de comprendre qu’aimer Jésus plus que les autres, c’est aimer comme lui,  quand on se rappelle que aimer comme Jésus, c’est un amour en chaîne où l’on s’accueille les uns les autres, c’est l’amour universel en n’oubliant personne surtout pas les plus petits.

J’avoue que cet évangile m’aide à donner de la valeur aux choses, aux actes les plus simples et plus encore aux personnes les plus humbles. Il m’aide à relire autrement, à voir les plus grandes richesses dans ce qui est souvent perçu comme la banalité de la vie qu’on ne prend pas le temps de regarder : Mais qu’est-ce qu’un verre d’eau ? Oui, mais fraîche ! Ceux qui lisent (ou écoutent) habituellement mes homélies m’ont déjà entendu citer une personne d’un groupe du Secours Catholique qui m’avait envoyé un mail rempli de richesses. Cette semaine, elle m’a à nouveau écrit par Internet, je vous restitue intégralement ce qu’elle a écrit, j’ai juste remplacé deux prénoms par x et y (je n’ai pas demandé leur avis à ces personnes !)… Je découvre que dans la simplicité de ce qu’elle vit, tout ce qui se trouve dans cet évangile est présent : Que de verres d’eau fraiche offerts de part et d’autre pour parvenir à ce résultat, je dirais plus tôt à ce bonheur :

« Cher Daniel,

Comment vas-tu ? J’ai appris que tu prenais ta retraite. C’est formidable, c’est sympa que tu restes avec nous au Secours Catholique comme aumônier et que tu feras toujours tes belles homélies. J’ai toujours un grand plaisir à les lire et les relire. Est-ce que tu peux m’envoyer les coordonnées de « x » et d ‘un certain « y » qui m’a envoyé un message, car j’aimerais leur répondre par politesse, cela m’a fait chaud au cœur. Depuis Lourdes 2017 je ne suis plus seule, je remercie Marie, notre mère à tous, qui m’a mis sur votre chemin… Pour moi, il y a eu un après Lourdes, pas un miracle, mais j’ai pris les mains qui m’étaient tendues et je me suis accrochée très fort. Car j’ai eu une enfance très difficile  et une adolescence merdique. Je peux dire que j’ai connu l’enfer de l’alcool, la cigarette et la drogue. J’étais une loque et je vivais dans un autre monde, j’étais sur mon nuage… Tout simplement  j’ai cru en vous et j’ai pu dire à Anne Marie et à Isabelle tout ce que j’avais sur le cœur, j’ai tout évacué ; j’avais honte, la peur d’être jugée, d’être repoussée et elles m’ont écoutée, amenée à leur hauteur, elles m’ont montré le chemin du bonheur ; avec Christine, ce sont mes amies de cœur. Tu vois, j’ai apprécié le confinement car j’étais plus près de Dieu et de Marie dans la prière et le méditation et la semaine sainte avec l’évangile. Je t’avoue qu’en ce moment je relâche un petit peu…. Excuse-moi pour les fautes, j’espère que je ne te dérange pas. Aimer et se sentir aimée, c’est formidable. Bises »

Que conclure face à tout cela que c’est vrai « qu’on ne perd pas sa récompense….

Daniel Bertèche