Homélie du 17 mai 2020

HOMELIE   DU  17   MAI   (Jean 14, 15-21)

Je ne sais pas, vous qui me lisez, comment vous réagissez, comment vous regardez la situation actuelle… Après cette période un peu euphorique où on s’est mis à regarder les autres autrement, où on a mis un certain nombre de choses à l’endroit…. Surtout au niveau du discours (mais cela, on ne s’en est aperçu qu’après !) … On a l’impression, aujourd’hui, qu’on est retombé bien bas : En effet, au début on s’est mis à admirer les infirmières et tout le personnel soignant, qu’on s’est mis à applaudir tous les soirs à 20h, après avoir redécouvert l’importance de certains corps de métier souvent décriés ou ignorés (ceux qui ramassent les poubelles, souvent des étrangers), après avoir vanté la solidarité des restaurateurs préparant à manger pour les personnels soignants, on pouvait facilement au cœur même de cette pandémie se réjouir (et je l’ai fait à maintes reprises, et je ne le regrette pas !) de toutes ces réactions qui grandissent le cœur de l’homme… Et ma première réflexion a été de dire : « L’humain est ainsi fait que c’est dans la difficulté, dans  la souffrance, dans les coups durs  que souvent ce cœur peut se mettre à fonctionner, que la générosité s’exprime…

Oui mais voilà, tout s’essouffle, on apprend que ce satané virus va durer longtemps, très longtemps, on n’applaudit plus à 20h le soir. Tout au début, une personne autorisée a fait une grande déclaration officielle et solennelle affirmant qu’il est fini le temps où la référence était l’argent, la rentabilité où on voulait que les hôpitaux agissent non pour le malade, ni pour le personnel soignant, mais pour rentabiliser la structure… Je me suis dit : « Enfin, on va remettre l’humain au cœur du système… » Et on apprend que le personnel soignant va avoir une prime (qu’ils n’ont toujours pas reçue), qu’ils vont même avoir une médaille, peut-être le 14 juillet ? Mais on rêve ! De qui se moque-t-on ? De plus, on apprend qu’une boîte française qui recherche le vaccin contre le virus donnera d’abord le vaccin aux américains parce qu’ils ont donné plus d’argent au laboratoire ! Là, on cauchemarde. Donc on n’est pas guéri ! Bien sûr, cela n’ôte rien à tout ce qu’on a remarqué, admiré, toutes ces personnes qui, osons le dire, nous ont révélé le cœur même de Dieu à travers leur manière d’aimer. C’est toujours vrai et nous nous en réjouirons toujours…

Mais alors comment relire la situation actuelle beaucoup plus « nuancée » par rapport au beau et au bien. Eh bien, comme d’habitude ouvrons l’évangile : Très souvent c’est l’évangile qui éclaire notre vie ; aujourd’hui, c’est le contraire, c’est la vie qu’on vient d’évoquer qui va nous aider à comprendre l’évangile ! Ce message que Jésus transmet à ses disciples fait partie de ce qu’on appelle son discours d’adieu (c’est la suite du texte de dimanche dernier) . Et ce qui saute aux yeux bien sûr, c’est que ce court texte commence par un verbe répété quatre fois à la fin du texte et c’est le verbe aimer … Cela ne nous étonne pas, le cœur de notre Foi, c’est à temps et à contre temps de nous rappeler que Dieu nous aime et on sait qu’on a toujours besoin de se le rappeler ; j’aurais envie de dire pour que cela devienne quelque chose d’automatique : « Il m’arrive ce coup dur, il arrive quelque chose à des gens que j’aime, j’ai des différents avec des personnes qui m’empoisonnent la vie ; chaque fois que j’ai quelque chose de difficile à vivre, commençons notre réflexion par nous rappeler Jésus m’aime et m’aime gratuitement, cela je ne le remets jamais en cause, ce que je vis, n’atteint pas la certitude  que j’en ai…

Ce qui pose problème dans le texte d’évangile d’aujourd’hui, c’est cette histoire de l’Esprit de vérité qui va accompagner, soutenir les disciples de Jésus quand il sera parti…On sait que l’Esprit, c’est celui qui est signe de l’amour du Père pour le Fils et réciproquement, amour auquel nous sommes associés…Alors il y a une phrase à première vue choquante : « Cet Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous vous le connaissez, car il demeure auprès de vous , et il sera en vous… » A première vue, cela pourrait sembler vouloir dire : Nous on est les bons, on connaît l’Esprit et il est en nous alors que les autres, le « monde », ne peuvent pas le recevoir parce que ce sont des mauvais…. Et c’est une manière de voir dangereuse qui est toujours d’actualité, un exemple : « Quand le gouvernement a retardé la possibilité de célébrer le culte dans les églises, pour des motifs sanitaires tout à fait justifiés, certains évêques se sont élevés en traitant ces attitudes d’antireligieuses ! Les bons, c’est nous, les mauvais qui nous veulent du mal c’est le monde et donc on doit combattre le monde ! Bien sûr, ce n’est pas du tout le sens que l’évangéliste Jean donne au mot monde : C’est une constatation qu’il fait : D’abord, il y a l’esprit du monde et il y a l’esprit d’Amour marqué par la Foi en l’amour de Dieu. Nous avons toujours le choix : Nous aussi, certaines fois, fonctionnons selon l’esprit du monde, quand nous oublions que l’amitié  du Christ demeure en nous et que nous combattons l’autre, souvent pour de bonnes raisons, en pensant que cela va le changer. Pour terminer, et pour être plus concret, je vous donne le message que m’a envoyé tout dernièrement une femme : Elle me dit, avec ses mots comment elle est passée de l’esprit du monde à l’Esprit d’amour, surtout comment elle a pu le faire parce qu’elle a rencontré sur son chemin des personnes qui étaient marquées elles-aussi par  l’Esprit d’amour, qui n’ont pas recherché à la remettre sur le droit chemin en lui faisant des reproches (ce que nous avons toujours envie de faire), mais qui l’ont aimé, malgré tout, gratuitement et ce n’est pas simple :

«  Je tiens à te remercier de m’avoir accompagné un bout de chemin, il y a trois ans. Je n’étais pas bien dans ma tête et j’ai accepté de prendre les mains qui m’étaient tendues : Dieu et Marie m’ont mis sur le bon chemin, j’étais la petite brebis qui s’est égarée du troupeau un peu comme l’enfant prodigue qui subissait l’enfer de l’alcool et de la drogue. Grâce à vous et au Secours Catholique, j’ai pu changer de mode de vie, je l’ai remplacé par la Foi ; pour une fois, je n’ai pas été jugée, au contraire on m’a appris à me connaître et à m’aimer. Crois-moi, je suis une autre personne, je suis libérée. Il y a un an, j’ai retrouvé mon frère que je n’avais pas revu depuis vingt ans et crois-moi, cela fait du bien d’en parler à un prêtre. Je ne suis plus en état de précarité et j’ai pu faire un don au Secours Catholique. Maintenant je ne suis plus dans le rouge et je peux aider les autres et je marche avec vous sur les pas de Dieu et de Marie.. Je tenais à ce que tu saches tout cela, dis-moi ce que tu en penses car j’ai confiance en toi…Grâce au Seigneur, je vis dans la paix et la sérénité »

Daniel Bertèche