Homélie du 23 septembre 2018

  HOMELIE   DU  23   SEPTEMBRE      ( Marc 9,30-37)

Dans cet évangile, on commence par retrouver les mêmes paroles que celles que nous avons entendues la semaine dernière à propos de la mort et de la résurrection de Jésus… On ne peut que constater que les disciples ne comprennent pas plus les paroles de Jésus sur ce sujet que celles qu’il avait prononcées dans le texte entendu la semaine dernière. Mais ce qui est étonnant c’est leur sujet de discussions pendant que Jésus leur explique tout ce qu’il va subir, endurer, tous les rejets, les condamnations jusqu’à cette  mise à mort qu’il va vivre… Ce qui quand même est un évènement très grave : Il s’agit de la mort d’une personne ! Et bien pendant que Jésus leur répète sa mort prochaine, quel est leur sujet de préoccupation ? Parmi eux, lequel est le plus grand ! On ne peut qu’être étonné  par l’abîme entre la gravité  de ce que s’apprête à vivre Jésus et l’aspect mesquin du problème que se posent les apôtres ! Et la réponse de Jésus, l’éclairage que donne Jésus est tout aussi déroutant : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille ! » Quel rapport ?
Cet évangile m’a aidé à relire, à comprendre, à regarder autrement les personnes à partir d’un des quatre enterrements que j’ai vécu cette semaine.
J’ai enterré une grand-mère de 92 ans qui s’est occupée pendant de longues années (et jusqu’il n’y a pas longtemps) de l’église du village où elle demeurait. C’était une personne toute simple : Elle ne s’embarrassait pas de réflexions compliquées et souvent cela se résumait en quelques mots que nous échangions dans nos rencontres avant les messes au village : « Je mange bien, je dors bien, je ne me plains pas… » C’est vrai d’ailleurs qu’elle ne se plaignait jamais malgré les problèmes de santé qu’elle pouvait vivre… Elle aimait aussi dire : « On ne pourra pas dire du mal de moi, car je n’ai jamais critiqué personne… » C’était aussi une travailleuse, quand on lui faisait remarquer qu’à son âge, elle pourrait travailler un peu moins, immanquablement, elle répétait : «  Je ne suis pas une fainéante, moi ! » Mais ce qu’il y avait de plus fort en elle, c’était son attachement à sa famille, surtout à ses nombreux petits enfants. Elle se sentait très proche d’eux. Pour moi, le plus étonnant c’est la manière qu’ils avaient de la chambrer, de lui faire des farces, il y avait une grande proximité avec elle et elle se laissait faire, elle jouait le jeu… A mes yeux, c’était presqu’exagéré… Dans ces moments-là, ce n’était plus la grand-mère, c’était presque la copine… Tous ces détails pour montrer combien elle m’apparaissait comme une enfant, quelqu’un même d’un peu… « simpliste » (J’employais un mot un peu plus vulgaire !)  De qui je n’aurais rien à apprendre…Plutôt à corriger…
Cependant (un peu par pressentiment ?), j’avais choisi comme texte d’évangile cette prière de Jésus pour montrer l’importance des paroles qu’il prononçait : « Père, je te rends grâce d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout petits ! » Car pendant la messe d’enterrement trois petits enfants avaient été délégués pour parler de ce que leur grand-mère leur avait apporté. Les petits enfants, j’en connais un bon nombre (certains tournent autour du club de football !), ce sont des jeunes « normaux » avec une vie de jeunes d’aujourd’hui pas du tout en lien avec l’Eglise… Et bien ces jeunes, ils ont dit et même répété que cette grand-mère (pas sage et pas intelligente à mes yeux) leur avait communiqué la Foi en Jésus Christ ! Vous vous doutez combien j’ai été scotché par leurs réflexions…. Et renvoyé à moi-même et surtout à l’évangile, ce qui m’a amené à cette constatation : «  Toi qui fais le malin, dans des discussions dans l’Eglise pour savoir si tu es le plus grand ou le meilleur comme les apôtres ! Qui depuis 48 ans essayes de transmettre la Foi en Jésus Christ en jouant au sage ou à l’intelligent avec les résultats et la réussite que l’on sait ! Et qui bien souvent ne comprends rien au message de Jésus… Et voilà que cette femme de rien du tout, à l’âme d’un enfant, elle transmet la Foi à ses petits enfants dans la simplicité de sa vie. » Mais quelle claque quand même ! Mais une claque qui m’a rendu heureux : Pour moi, c’est la preuve de la vérité de l’évangile : Cette femme, elle a transmis sa foi à ses petits-enfants en les aimant et simplement en les aimant. Rien d’autre n’avait d’importance pour elle. Grâce à elle, je comprends Jésus quand il dit à la fin de l’évangile : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille… » Il me dit : « Quand tu accueilles, quand tu sais voir toutes les richesses de vie bien présentes dans cette grand-mère, c’est Jésus que tu accueilles, que tu reconnais en elle et qui te montre le chemin… Une fois de plus, c’est la vie (et quelle vie !) sous l’éclairage de l’Evangile (avec la compréhension de cet évangile) qui nous permettent des découvertes de richesses qui nous remettent en cause et en même temps nous apportent plein de bonheur.

Daniel Bertèche