Homélie du 1 juillet 2018

    HOMELIE   DU  1er   JUILLET       ( Marc 5, 21-43)

Cet évangile est une petite merveille qui dit beaucoup de choses de nous-mêmes et de Jésus. Sont en jeu, presqu’en concurrence deux personnes : un homme et une femme… L’homme, on sait qui c’est et ce n’est pas n’importe qui, c’est un chef de synagogue et on connaît son nom, il s’appelle Jaïre. Il vient trouver Jésus pour qu’il guérisse sa fille et Jésus part avec lui ; il y a urgence puisqu’elle est « à sa dernière extrémité… » et la foule suit Jésus et Jaïre.. Il y a aussi une femme, on ne sait pas son nom, on la qualifie par sa maladie : C’est la femme qui a des pertes de sang depuis douze ans… Et puis, on la situe dans l’anonymat de la foule, même pas devant, derrière… Il n’y a pas photo entre les deux… Et le comble, c’est qu’aujourd’hui encore, dans la liturgie de la messe, cette femme peut être ignorée ! La preuve : Vous savez sans doute que quand on est pressé pour dire la messe et que l’évangile est long, il y a possibilité de ne lire que ce qu’on appelle une lecture brève et de supprimer certains passages et bien celle qu’on « supprime » c’est cette femme, son histoire n’existe pas !  Le message de Jésus n’en est que plus fort : Pour cette femme, cette anonyme qui ne demande qu’à rester anonyme, Jésus s’arrête, fait arrêter toute la foule… Il prend son temps, alors qu’il y a urgence, la fille de Jaïre est en train de mourir… Jésus prend le temps d’écouter cette femme dire toute la vérité, il la sort de l’anonymat, par-là déjà, elle devient  quelqu’un et la réponse affectueuse de Jésus la conforte dans cette réalité : « Ma fille, ta Foi t’a sauvée… Va en paix et sois guéri de ton mal… » Jésus aime cette femme (ma fille !), il admire sa Foi et donne cette Foi à admirer à cette foule, elle, l’anonyme, enrichit Jésus… Il a pris le temps de s’arrêter pour montrer qu’à ses yeux elle a autant d’importance que tous les autres. Quel bonheur que ce message de Jésus : Cette femme qui pensait au départ que Jésus ne pouvait que la réprimander pour avoir « touché » son vêtement sans son autorisation et qui a eu peur « saisie de crainte et toute tremblante » en pensant qu’elle avait commis une faute, dit toute la vérité à Jésus en se jetant à ses pieds…Grâce à la réponse de Jésus, elle, la malade chronique, devient quelqu’un et quelqu’un que Jésus admire ! Lorsqu’il nous arrive de nous sentir un peu dans la peau de cette femme quel bonheur que de connaître la réponse de Jésus… Nous sommes aussi guéris.Je n’ai rien dit de la guérison de la fille de Jaïre qui est aussi importante pourtant mais c’est volontaire, cela va m’aider à tenir la promesse faite la semaine dernière de vous raconter la retraite des prêtres du diocèse.

Mes craintes se sont révélées fondées et exactes : J’ai beaucoup enfreint (en cachette) la règle du silence, je ne suis allé qu’une seule fois à l’adoration pendant une heure du Saint Sacrement (le premier jour !). Je vous avais donné les raisons de mes craintes et donc je n’en reparlerai pas : Plutôt que de vous parler de la guérison de la fille de Jaïre, je m’arrêterai à la guérison de cette anonyme : C’est-à-dire plutôt que de vous parler de ce que je conteste dans la manière de vivre la Foi, je veux m’arrêter à toutes les petites choses vécues « par derrière » à travers deux petits faits : Le premier fait : Nous faisions aussi la vaisselle et à la fin de chaque repas, ceux qui voulaient, se rendaient dans une salle attenante pour faire la plonge et essuyer la vaisselle. Tout se passait bien lorsqu’un soir avec un autre prêtre âgé, nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait à la vaisselle que des prêtres africains, cela nous a bien sûr choqués (rétablissement de l’esclavage !) et nous sommes allés faire la vaisselle avec eux… A la fin, un des prêtres est venu nous dire : « Merci, les anciens, chez nous en Afrique nous ne disons pas les vieux parce qu’on vous respecte et que vous avez de l’importance à nos yeux et on apprécie votre geste ! » Sympa non ! Le deuxième petit fait : Je suis allé à la retraite qui se passait à Saint Thierry (à côté de Reims) conduit par un jeune prêtre et avec deux autres prêtres… La retraite s’est terminée le vendredi après le repas de midi et j’avais un enterrement à faire ce même vendredi à 16h… La messe avec les sœurs du prieuré était comme d’habitude à midi mais comme c’était la Saint Pierre et Saint Paul, elle s’annonçait plutôt longue : les sœurs avaient prévus plus de chants et de l’encens, le prédicateur a prêché très longtemps (il voulait nous transmettre sa Foi !). J’ai beaucoup regardé ma montre pendant cette messe en voyant comment la durée du repas allait être réduite. Une fois la messe dite, les trois prêtres ont vraiment joué le jeu. On a mangé avec un lance pierre… Le prêtre qui conduisait a été très vite, on a gagné un quart d’heure sur le temps prévu par le GPS (c’était sur autoroute quand même !)… Je résume : Tout le monde y a vraiment mis du sien ! Je suis arrivé pour faire l’enterrement un peu fatigué mais serein. J’étais dans les temps. Ce sont des petits faits qui font du bien… Et  qui sont essentiels plutôt que la grande réflexion que souvent je ne peux m’empêcher de faire !

Daniel Bertèche