Homélie du 17 juin 2018

   HOMELIE   DU  17  JUIN        ( Marc 4, 26-34)

Aujourd’hui, Jésus nous raconte deux paraboles qui vont toutes les deux dans le même sens et en plus qui se complètent assez bien. En tous les cas, elles nous sont d’un grand secours très souvent pour trouver du sens à nos vies qui nous apparaissent à certains moments si ternes, si peu « efficaces ». Et ce sens nous pouvons le retrouver en sachant reconnaître le règne de Dieu bien présent dans la vie, dans nos vies mais pas comme on l’attend ni là où on le cherche…

Le premier signe nous est donné en comparant ce règne de Dieu à un homme qui jette en terre de la semence et qui ne fait plus rien après (ce n’est pas l’agriculture d’aujourd’hui, on n’entretient pas, on ne désherbe pas, on ne traite pas !) . Et donc sans qu’on n’y fasse rien et même sans s’en occuper, la semence germe, grandit, sans savoir comment !
Il y a l’herbe, l’épi ensuite, et du blé plein l’épi…
Il n’y a plus qu’à récolter ! Quelle parabole importante, surtout pour ceux (comme moi !) qui pensent qu’il faut faire quelque chose, toujours plus, être présent, presque tirer sur l’herbe pour que ça pousse plus vite, penser que si on n’est pas là rien ne peut se faire etc…
Mais non, on n’a qu’à semer et récolter en constatant qu’il y a du blé plein l’épi. Et que tout le reste ne dépend pas de nous, qu’il se passe des tas de belles choses sans nous, et même quand nous dormons…

La deuxième parabole dans le même sens nous parle de la graine de moutarde, c’est la plus petite des semences… C’est donc rien du tout, et ça donne une plante tellement importante que même les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre.
Nous avons parfois l’impression que nos vies, c’est de la semence toute petite  qu’on a semé sans suite, sans intérêt, sans constater de résultat…
Le temps fait que cela donne plein de fruits.  On a le sentiment que tout ce qu’on essaye de vivre et de faire, c’est une graine de moutarde, c’est ridiculement petit et ne présente aucun intérêt et surtout ne sert à rien par rapport à tous les problèmes du monde d’aujourd’hui, par rapport au sens qu’on voudrait donner à sa vie…

Ces deux paraboles je les ai vécues (parfois douloureusement !) cette semaine où je me suis retrouvé pendant trois jours à une rencontre du Grand Est du Secours Catholique. Il y avait là, comme cela devient maintenant une habitude, des salariés, des bénévoles, des personnes « accueillies », mais aussi des responsables nationaux du Secours ainsi que des membres de Caritas venant de Mauritanie…Etait prévue toute une réflexion sur la manière de pouvoir redonner toute une dignité, toute une place à toutes ces personnes déconsidérées et souvent humiliées. Et tout cela à partir d’un partage d’expériences, y compris à partir de la Mauritanie…
C’était bien sûr très intéressant mais fréquemment cela partait vers des réflexions très intellectuelles qui faisaient que les personnes « accueillies » décrochaient assez vite et se trouvaient quelque peu humiliées de ne plus comprendre. Ce qui avait le don bien sûr de me mettre en colère ! Car tout le monde était bien d’accord pour associer ces personnes en difficulté à nos recherches mais aussi dans nos décisions, mais inévitablement on partait dans une réflexion hautement intellectuelle que certains pensaient absolument nécessaire…

Pour permettre la discussion et la réflexion, on se retrouvait en fraternité de 8 personnes et bien sûr, ceux qui avaient l’habitude de parler, s’exprimaient beaucoup (j’en faisais partie !) et même si on relançait régulièrement les personnes accueillies, elles avaient beaucoup plus de mal à s’exprimer ! Une d’elles ne disait pratiquement rien. A un moment fut  proposé de mettre sous forme de panneaux le fruit de notre réflexion. Et ce non pas par écrit mais sous forme de figures, de dessins, de montage etc… Etaient fournis des ciseaux, de la colle, du carton, du scotch,  des baudruches, des plumes et autres accessoires… Aussitôt, tous à commencer par la personne qui ne s’exprimait guère, avec un certain enthousiasme, ont pris les choses en main, redoublant d’imagination etc… Tous sauf deux, l’intellectuel Mauritanien qui prétexta autre chose à faire et à penser et… moi qui ne savais pas quoi faire, quoi proposer, quoi fabriquer… Les rôles tout naturellement étaient inversés, je ne l’ai pas fait exprès, rien ne me venait pour ce moyen d’expression qui ne m’était pas familier.
Après réflexion, j’ai trouvé cela génial ; sans que  je n’y sois pour rien, les derniers (c’étaient des dernières) sont devenus premiers et je suis devenu dernier (accompagné par l’intellectuel Mauritanien qui a osé en grand groupe se reconnaître les mêmes faiblesses que moi !). Est-ce qu’on ne se retrouve pas là dans ces deux paraboles, n’était-il pas là le Règne de Dieu chaque fois que tout naturellement les derniers deviennent premiers et réciproquement ?
L’important était de se réjouir de la richesse de la transformation des personnes et sans l’avoir choisi d’être heureux de se retrouver à la dernière place. Mais ça fait tout drôle !

Daniel Bertèche