HOMELIE   DU  3  JUIN        (Marc 14,12-16.22-26)

Cet évangile nous montre Jésus en train de préparer et de vivre la Pâque… Fête aussi appelée des pains sans levain où l’on immolait l’agneau pascal… C’est le début de ce texte d’aujourd’hui.
Cette fête donc rappelle un des évènements fondateurs du peuple juif : Cette sortie de ce peuple d’Egypte marque la fin de l’esclavage et tout ce chemin dans le désert qui suit, va le mener dans un pays qui va être le leur, la terre promise, Israël. Mais pour les croyants juifs, s’ils ont réussi à retrouver la liberté en sortant de l’esclavage, c’est grâce à Dieu, c’est sa volonté. Le Dieu dans lequel il croit, c’est un Dieu qui rend libre, qui veut des hommes libres, debouts et responsables. On comprend que pour les Juifs, c’est important de célébrer tous les ans cette fête qui leur rappelle, à travers cet évènement de la sortie d’Egypte,  ce visage d’un Dieu qui libère et ça va les aider à le reconnaître dans toute leur histoire à travers les faits de libérations. Cela peut aussi nous aider à découvrir des signes de sa présence dans nos vies d’aujourd’hui et peut être à remettre en questions certaines manières de penser Dieu comme quelqu’un qui maintient en esclavage, qui enferme dans des lois, qui assujettit les personnes.
J’ai toujours un souvenir ému d’une personne pauvre, d’une grande bonté,  qui avait vécu beaucoup de souffrances physiques et qui avaient eu la douleur de perdre successivement deux enfants. A chaque fois qu’elle vivait un de ces « coups durs », elle me répétait : « Vous voyez bien que je suis damné ! » J’avais beau lui dire que non, que Dieu ne la punissait pas, que ce n’est pas lui qui fait la mort mais qu’il aime, qu’il l’aime, mon discours ne lui faisait pas changer d’avis… jusqu’au jour où, tout à fait par hasard, je suis allé manger chez elle… A ce moment-là, au début du repas elle m’a dit d’une manière un peu solennelle et pour moi totalement inattendue : « C’est un bonheur pour moi, c’est la première fois qu’un prêtre rentre dans ma maison…Pour les autres, je n’étais pas assez bien et bien trop pauvre » Et son regard sur Jésus en a été quelque peu changé…. J’avoue que cela m’a aidé à admettre et à comprendre cette réalité un peu « crue » et « charnelle » de ce corps et de ce sang que Jésus nous donne à manger en signe de son amour, pour nous nourrir de son amour et nous faire grandir grâce à cet amour. Les mots bien souvent ne sont pas suffisants et même dans le fait que je raconte n’ont pas été efficaces. Il a fallu que j’aille manger chez elle pour qu’elle découvre un peu plus ce qu’est l’amour de Jésus… Je n’y suis pour rien, j’ai été signe (sacrement) bien concret de l’amour de Jésus pour elle… Et ce que je vous raconte-là qui est un fait bien réel que j’ai vécu il y a déjà un certain temps et que certains parmi vous connaissent sans doute… Voilà seulement aujourd’hui, maintenant, que j’en découvre tout le sens que je viens de vous donner !

Cela rejoint une autre découverte que j’ai faite, grâce à d’autres,  de ce texte. Vous savez que toutes les semaines, j’ai l’occasion de réfléchir sur l’évangile du dimanche suivant au moins une fois avec un groupe, parfois deux fois et même trois fois. Et cette semaine, après avoir lu ce texte, plusieurs personnes m’ont dit : « C’est bizarre, l’évangéliste Marc raconte longuement tout ce qui concerne les préparatifs du repas avec beaucoup de détails… Ce qui fait que le récit lui-même du dernier repas, de la Cène est beaucoup plus court… Pourquoi cette disproportion ! » On y a pas mal réfléchi et on s’est dit que tous ces préparatifs, c’est la vie, c’est la réalité de la vie et que c’est au cœur de la réalité de cette vie, que Jésus révèle « charnellement » son amour. Et on peut le découvrir à travers des petits signes parfois étonnants comme cette histoire, ce point de repère, que constitue dans le texte d’aujourd’hui la présence d’un homme qui porte une cruche d’eau ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Mais c’est tout simple, à l’époque de Jésus, qui portait les cruches d’eau ? Les hommes ? Surement pas… C’était le travail des femmes exclusivement. Alors ce petit truc de rien du tout n‘est pas sans importance, il a même un côté révolutionnaire : Egalité entre les hommes et les femmes ! Et c’est cet homme qui inverse les rôles qui va indiquer le lieu où Jésus va pouvoir vivre le repas pascal avec ses amis. Pour nous, cela nous aide à croire, à redonner toute l’importance de regarder la vie, de se laisser ré interpeler par cette vie pour comprendre l’évangile et pour trouver le lieu de la rencontre avec Jésus… Cette découverte, il nous faut du temps pour la saisir, elle nous mène au bonheur de la rencontre avec Jésus… En nous rappelant toujours que cette rencontre nous ne la vivons pas de manière permanente, le texte se termine par la phrase : « Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers… » Nous ne rêvons pas la vie, nous ne rêvons pas nos vies ! Mais cette rencontre que nous pouvons revivre autant que nous voulons, en contemplant la vie, les personnes, est un réel bonheur qui aide à garder le moral et à bien vivre…

Daniel Bertèche