Homélie du 20 mai 2018

     HOMELIE   DU  20  MAI        (Actes 2,1-11)

Ce qui frappe à la lecture du récit de la Pentecôte, c’est la répétition des deux mots en apparence opposés : Tous et chacun : Tous ont été marqués par cette irruption de l’Esprit Saint : La maison en a été remplie tout entière… Personne n’a été mis de côté, il n’y a pas eu de sélection, ils ont tous reçu cet Esprit Saint. Pourtant en même temps c’est chacun qui l’a reçu et l’a reçu à sa manière. Il n’y a eu aucune uniformité dans sa réception et sa compréhension…
A cause de cela on peut dire que les bienfaits de l’irruption de l’Esprit dans la vie des premiers chrétiens que nous venons d’entendre dans le récit des Actes peuvent se résumer en une phrase : Chacun entendait dans son propre dialecte les merveilles de Dieu. Il s’agit d’abord de la découverte, dans la réalité de la vie de tout un chacun, de merveilles, de belles choses à admirer, à proclamer qui sont là pour  nous réjouir… Et ces merveilles, puisqu’elles sont des merveilles de Dieu ne peuvent être que des histoires d’amour bien présentes dans le quotidien des personnes. Mais pour les voir, il faut savoir faire abstraction de notre propre langage pour rejoindre et comprendre le dialecte de l’autre, son propre patois.et c’est une belle conversion de quitter nos certitudes pour nous couler dans la réalité de l’autre ; alors quel bonheur d’entendre toutes ces merveilles d’amour de Dieu.
Et je l’ai vécu avec bonheur, vendredi et samedi à travers la mini-retraite de fête de la Foi avec dix jeunes de la paroisse. Leur langage n’est pas notre langage, mais leur réflexion toute empreinte d’humour, était déjà  respectueuse de tout un chacun. Dans mon groupe, il y avait cinq garçons et une fille, il y avait un jeune légèrement handicapé mental (élève en IME) qui avait surtout beaucoup de mal à s’exprimer, qui ne se révélait que par le dessin ; des jeunes très variés de par leur caractère et leur histoire. Ils ont su exprimer tout ce qu’ils voyaient de beau dans leur vie… J’ai particulièrement été étonné par la réflexion d’un gamin à propos du divorce de ses parents : « Avant mes parents quand ils étaient ensemble, ils se disputaient tout le temps, maintenant qu’ils sont séparés ils s’occupent beaucoup plus de nous leurs enfants ! » Et d’autres réflexions comme celles de ces jeunes parlant de leur père : « Je suis bien plus heureux quand mon père me donne des conseils plutôt que de me crier dessus.. » ou bien « Quand on s’ennuie, mon père nous emmène à l’accrobranche car il sait que ça nous fait plaisir mais  ça lui fait plaisir à lui aussi…

Mais ce qui m’a le plus frappé, ça a été leur comportement ensemble pendant les temps libres… Ils avaient organisé des épreuves sportives plus ou moins compliquées, donnant la possibilité à certains de faire des farces aux autres… Permettant à certains (moins doués) de faire plusieurs essais et de leur donner le temps de vaincre leur peur, ce qu’ils réussissaient d’ailleurs. Tout cela, sans aucun esprit de compétition. Fait qu’ils ont retranscrit ainsi sur un panneau : « Qu’est-ce que les adultes ont aimé nous regarder jouer sur les jeux à faire des cabrioles… On a bien rigolé et les adultes aussi… » Je pense que ces enfants ont été touchés que nous, les adultes, nous ayons su admirer les merveilles de Dieu dans leur comportement. Et c’est vrai que c’était étonnant de les voir si attentifs à ne blesser personne, à faire passer en premier ceux qui avaient le plus de difficultés, les transfigurant même ; c’était vraiment merveilleux de les voir redonner ainsi confiance à tous…

Cependant, pour être honnête jusqu’au bout, il y a eu une petite ombre au tableau : Dans l’autre groupe, celui de Luc, il y avait un gamin assez difficile à gérer, qui s’isolait au moment des jeux communs qui l’auraient défoulé, et se plaisait à casser les pieds aux filles de son groupe au moment de la réflexion. Ce matin, il s’est retrouvé avec son groupe pour préparer plus directement la messe du lendemain pendant que je me retrouvais avec mon groupe pour préparer dans  l’église d’un autre village. Tout de suite en rentrant pour le repas, Luc arrive avec une part de gâteau et me raconte que ce gamin est arrivé ce matin avec un gâteau qu’il avait confectionné lui-même. Il l’a partagé avec tous ceux qui étaient là et comme il restait une part, immédiatement il a dit : « Ce sera pour le Daniel ! » Et Luc et moi, nous ne pouvions que conclure que lui aussi ce jeune, il avait reçu l’Esprit Saint, et donc, c’est bien la preuve que c’est bien pour tous qu’il est envoyé…. Mais c’est dans son propre dialecte, qu’il s’exprime et on a parfois bien du mal à déchiffrer, à comprendre le message…  Mais une fois qu’on a eu la patience et pris le temps de le déchiffrer, c’est vraiment une merveille et une merveille de Dieu !

Daniel Bertèche