Homélie du 22 avril 2018

    HOMELIE   DU 22  AVRIL        (Jean 10,11-18)

Ce très beau texte d’évangile souffre d’une utilisation un peu trop fréquente de la comparaison qui est faite où Jésus s’identifie au bon pasteur qui mène ses brebis… Comparaison qui a très vite été attribuée aux prêtres qui conduisent leur troupeau (d’où la journée de prières pour les vocations)…. Tout cela, on connaît…
Et pourtant relisons ce texte, il nous parle toujours : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis… » Et pour qu’on comprenne bien le sens donné à ces mots, Jésus dit ce qu’il n’est pas : Un berger mercenaire qui s’il voit venir le loup abandonne ses brebis et s’enfuit…  Parce que les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Alors que lui Jésus pour protéger ses brebis, il est prêt à tout, jusqu’à donner sa vie pour elles, tellement il les aime…(rappelons-nous, une fois de plus que Jésus ne donne pas sa vie en réparation pour nos péchés !)
Et la suite montre le type de relations du berger avec ses brebis : « Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le Père ». Nous savons que le verbe « connaître » dans la Bible veut dire très fort « aimer » et même physiquement. Et cette manière d’aimer qu’a l’amour de Jésus pour nous est le même que l’amour de Jésus pour son Père. Tout cela pour affirmer, une fois de plus,  la force de cette relation d’amour. C’est quelque chose d’incroyable !
Un autre point de ce texte qui a son importance aussi… Très vite, on penserait que Jésus limiterait son amour aux chrétiens, il est notre bon pasteur au détriment des autres…. C’est bizarre qu’on a toujours envie de limiter l’amour de Dieu. D’où la réflexion de Jésus : « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise… » Pour Jésus, c’est à l’humanité toute entière que son amour s’adresse… L’amour de Dieu est universel, il n’y a pas de privilégiés…
Aujourd’hui, peut-être plus que jamais on a besoin de rappeler que l’Eglise est catholique, c’est-à-dire universelle, ce n’est pas un clan, une secte, c’est un appel à une ouverture à tous. Des personnes qui sans doute me veulent du bien m’envoient régulièrement par Internet des articles, des reportages prônant la défense du catholicisme français en danger contre l’Islam.
Hier, j’ai reçu un reportage lamentable vantant une manif de vrais catholiques défendant la « France Catholique » et qui osaient défiler dans la rue : On y voyait des curés en soutane récitant à genoux, au milieu de la rue, et ostensiblement le chapelet. C’est cela une Eglise ouverte à toute l’humanité et qui affirme que Dieu est attentif à tous sans exception ?
Dans ce texte d’évangile, il y a un point qui depuis longtemps a retenu mon attention, sur lequel j’ai buté et pour lequel, jusqu’ici, je n’avais pas trouvé de réponse…
Comme d’habitude (ah la vie !) plusieurs évènements qui m’ont été racontés m’ont aidé à comprendre le sens de cette phrase de Jésus : « Je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau ! » et il insiste : « J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau… »
Pour ne pas être trop long, je ne retiendrai qu’un fait : J’ai écouté les interventions qui ont été faites avant, je dirais, les discours officiels du président des évêques de France et du président de la République lors de la rencontre aux Bernardins du Président avec la Conférence des évêques de France. Sont intervenus trois « couples » : Deux frères, dont l’un est autiste ; une femme très marquée par la rue et un jeune homme donnant de son temps pour rencontrer les SDF dans les rues de Paris ; une femme recueillie dans une association de locataires et une jeune fille ayant choisi de vivre en location dans le même appartement avec sept autres personnes de cinq nationalités différentes et deux religions différentes et de partager toute leur vie. Ces trois jeunes, avec beaucoup de générosité, on peut dire qu’ils ont donné de leur vie pour les plus démunis, les plus pauvres…
Mais en les écoutant tous les trois, c’est clair : Cette vie donnée, ils l’ont reçu de nouveau : Avec un grand sourire et beaucoup d’émotion, chacun à sa manière a dit avec beaucoup de sérénité mais aussi de force combien ils se sont enrichis  au contact de  ces personnes dites « pauvres ». Un seul petit exemple, un jeune a dit en parlant de la personne SDF qui l’accompagnait : « Je vais me marier dans quinze jours, je peux vous dire que, vu son expérience, elle m’a vraiment été de bon conseil… » Mais pour la recevoir de nouveau cette vie, il faut comme le dit Jésus : « avoir le pouvoir de la recevoir de nouveau… »  Et cela dépend de notre état d’esprit, c’est toute une mentalité, une humilité plutôt de se dire : « La personne que j’ai en face de moi, telle qu’elle est, malgré les apparences, si tu lui donnes la possibilité de les exprimer, si tu acceptes de les voir, elle a des tas de richesses à te révéler, à t’apporter… »
C’est le chemin qui nous permet de recevoir de nouveau cette vie donnée, et cela dépend de nous.

Daniel Bertèche