Homélie du 18 mars 2018

             HOMELIE   DU  18  MARS     (Jérémie 31,31-34. Jean 12, 20-33)

Dans cet évangile de Jean un peu fourre-tout, un mot revient à plusieurs reprises, c’est le verbe glorifier… Et c’est Jésus qui déclare à Philippe, à André  et aux Grecs qui veulent voir Jésus : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. »  pour nous, notre première réflexion quand nous parlons de gloire, de glorifier, nous pensons prestige, l’aura qui entoure une vedette, sa célébrité, l’attitude de son fan club etc…
Dans le même sens on peut même penser que la Gloire de Dieu, c’est cette capacité de faire des miracles et par là d’en imposer par sa puissance ! Mais il faut dire que ça ne colle pas du tout avec ce que Jésus dit aussitôt après : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas… » et surtout de ce qu’il va vivre juste après ; d’ailleurs la suite nous parle de la mort future de Jésus et de l’appréhension de Jésus face à cette mort : « Père, délivre-moi de cette heure ? » mais il se reprend aussitôt en priant son Père avec la formule : « Père, glorifie ton nom… » Arrive alors l’affirmation du Père révélée pour nous, nous dit Jésus : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » Alors que veut nous dire Jésus en répétant ce verbe glorifier : Tout simplement, révéler la présence d’un Dieu d’amour… Et tout doit être relu en référence à ce Dieu Amour.

Alors comment se fait-il que nous ayons tant de mal à entendre cette vérité pourtant merveilleuse et simple ?
Notre grand problème, c’est que nous ne connaissons pas Dieu tel qu’il est. Nous avons des quantités d’idées sur lui, mais beaucoup d’idées fausses ! Jésus, lui, connaît son Père. Et son souhait, c’est que, à notre tour, nous connaissions Dieu tel qu’il est et non tel que nous l’imaginons.
Connaître Dieu tel qu’il est, c’est savoir qu’il est le Dieu d’amour et de miséricorde.
Alors nous pouvons relire nos vies à la lumière de cette gloire, de cette révélation du Dieu qui aime. C’est ce que fait Jérémie dans la première lecture en annonçant une nouvelle Alliance, puisque la première Alliance, les hommes l’ont rompue en désobéissant aux lois prévues. Et cette nouvelle Alliance, ce sera une histoire d’amour : «   Dieu inscrira la Loi dans leur cœur… Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple… Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés. » Jérémie ne s’arrête pas à cette rupture d’Alliance avec tous les maux qui en découlent, il croit à temps et à contre temps à l’amour de Dieu c’est pour cela qu’il dit : « Voici venir des jours… »
C’est un peu cela le rôle des prophètes, ce n’est pas de prédire l’avenir, c’est de croire que ce qui nous apparaît comme une catastrophe débouche toujours sur quelque chose de meilleur. Le prophète, c’est un croyant fou en l’amour de Dieu qui le fait espérer contre toute espérance et voir en avance sur les autres pour les aider à y croire.
En résumé c’est croire que toutes les croix, les morts débouchent toujours sur des résurrections…La difficulté c’est que c’est rarement comme on l’a prévu.
Il y a eu samedi huit jours, je me suis retrouvé avec les responsables du pèlerinage diocésain de Lourdes. Est revenue, entre autres, la question des nombreux jeunes qui sont brancardiers et qui accomplissent très bien leur rôle d’accompagnement et de soutien des malades.
On remarquait leur gentillesse, leur patience, leur délicatesse et leur amitié pour les malades, c’est vraiment beau à voir. Une seule petite ombre c’est que la plupart amène les malades jusqu’au lieu où se déroulent les cérémonies, les déposent là… et puis attendent dehors sans être présents à ces cérémonies et enfin viennent les rechercher ensuite.
On s’est d’abord posé la question d’améliorer, de changer ces cérémonies, de les rendre plus accessibles à leur mentalité, de les faire participer etc… pour qu’ils aient envie d’y venir. Et puis on s’est aperçu qu’entre deux  cérémonies, les jeunes animaient en faisant de la musique, en chantant, en dansant, en faisant des jeux ou tout simplement en discutant avec les personnes, les emmenant acheter leurs souvenirs parfois avec beaucoup de patience etc… Et que cela, ça méritait d’être regardé et admiré mais aussi pourquoi pas célébré.
Et c’est à partir de cette « entre deux cérémonies », de cet intermède, qu’on a voulu construire quelque chose : l’accessoire est devenu l’essentiel. On a pensé nous retrouver par petits groupes, chaque soir, pour regarder tout ce que nous découvrons comme belles choses vécues par nous, par les autres dans la journée, très concrètement, et avec cela bâtir un «  livre des merveilles » que nous pourrions reprendre à nos propres célébrations (sans vouloir récupérer les jeunes) .
J’ai trouvé que ça collait très bien avec le changement d’attitude chez Jérémie passant d’une obéissance à la Loi de Moïse à la loi d’amour inscrite dans les cœurs.
C’est une formidable conversion pour tous mais surtout pour nous.
Nous en sommes là, mais pour moi, ça a été une réelle belle découverte qui peut se vivre un peu partout et que l’on peut relire comme une parabole.

Daniel Bertèche