Homélie du dimanche 11 février

Marc dans l’évangile qu’on vient d’entendre nous raconte la guérison d’un lépreux.Pour bien comprendre la force d’un tel texte, il faut savoir quelle était la loi religieuse à l’époque de Jésus en ce qui concernait les lépreux. La lèpre de par son aspect extérieure était une maladie qui faisait peur, de plus elle était considérée comme hautement contagieuse. D’où la loi : Toute personne reconnue par un prêtre comme ayant la lèpre devait immédiatement être isolée avec interdiction de fréquenter les bien portants et ce pour deux raisons : D’abord par crainte de la transmission de la maladie mais surtout les personnes, ayant contracté cette maladie, étaient déclarées impures, impureté qu’ils transmettaient aux bien portants par simple contact. Comme la maladie était liée au péché (« Vous êtes malade ou handicapé, c’est que vous avez péché, c’est la punition de Dieu »), c’était la double peine : Malade et impur ! Et donc très souvent les lépreux se promenaient en bande, en agitant une sonnette et en criant : « Impurs, impurs ! » pour que les biens portants ne s’approchent pas d’eux et qu’ainsi ils ne leur communiquent pas leur impureté ! Enfin seuls les prêtres étaient habilités, après examen, pour constater une éventuelle guérison et ainsi leur permettre de retrouver leur dignité et leur place dans la société.

Une fois que nous savons tout cela, nous pouvons retourner au texte d’évangile : « Un lépreux vint auprès de Jésus… » Mais c’était interdit de s’approcher ! Déjà, il y a là une première faute de la part du lépreux..« Jésus étendit la main, le toucha… »Alors ici, c’est pire, en le touchant, inévitablement Jésus se rendait lui-même impur. Nous savons l’importance et la complication des rites de purification dans la religion juive pour effacer l’impureté… La sacro-sainte loi religieuse était donc  bafouée et par le lépreux et par Jésus… Et qu’est ce qui a poussé Jésus à ne pas craindre de désobéir à la loi religieuse, c’est qu’en voyant cet homme, il fut « saisi de compassion ! »Pour Jésus, tout est là, rien n’est au-dessus de la compassion, pas même la loi religieuse. C’est fort quand même ! Une personne qui réfléchissait avec moi (et avec d’autres) sur ce texte se met à dire : « Qu’est ce qu’il est humain Jésus ! » Un peu vivement, je lui réponds : « Mais non, qu’est ce qu’il est divin ! Cette manière d’aimer, c’est divin ! Cette manière de vouloir le bonheur des personnes avant la loi religieuse : Ce n’est pas humain, ce n’est, hélas, même pas chrétien, mais c’est divin ! » N’oublions jamais que Dieu est amour, et là Jésus nous montre concrètement, en pleine vie et par des actes, ce qu’est le Dieu amour.

J’avoue que cet évangile m’a aidé à bien vivre une rencontre que j’ai vécue vendredi soir : J’ai rencontré un couple, divorcés tous les deux qui vont se marier civilement au mois de Juillet et l’objet de leur demande : C’était pour savoir si à cette occasion, je ne leur ferais pas un petit quelque chose à l’église ! Habituellement, je fais, quand on me le demande un temps de prière, où dès le départ j’explique pourquoi j’accepte de faire ce temps à l’église : Il y a eu chez chacun, un premier mariage qui s’est terminé par un échec, ce premier mariage n’a pas à être rejeté, il s’y est vécu de belles choses éclairées par des enfants… Mais cette vie ne s’est pas arrêtée au divorce, ce qui est vécu après a aussi de la valeur, marqué aussi par un amour qui a des richesses à admirer et donc que rien n’a à être oublié et même doit être reconnu…Et surtout que Jésus a encore à voir avec ce qu’ils vivent de beau en ce moment ! Voilà ce que je dis et fais habituellement, mais en ce qui concerne ce couple, j’ai eu plus de mal à accepter parce que la première femme du mari était quelqu’un que je connaissais bien et que j’aimais bien ; à cause de cette amitié, inconsciemment je jugeais la démarche des futurs mariés comme uniquement artificielle, pour faire bien. Heureusement, j’ai pu en parler avec d’autres avant de les rencontrer .Et ces autres m’ont beaucoup aidé et permis de chasser un peu tous mes à priori ! Et la rencontre a été d’une très grande richesse, ils ont été vrais, ont raconté leur histoire avec beaucoup d’humilité, disant la difficulté de respecter leurs enfants   (trois pour elle, deux pour lui de neuf à quinze ans) en ne bousculant personne, en allant à leur rythme. J’ai pu mesurer combien ce pouvait être éprouvant, lui m’en parlant avec les larmes aux yeux. Et j’ai trouvé que leur démarche était belle, alors je leur ai dit que j’étais prêt à vivre quelque chose de beau avec eux et même que je m’en réjouissais. C’est là que l’attitude de Jésus peut être très éclairante, il m’aide à dépasser les lois établies par l’Eglise (ceux qui me connaissent bien savent que pour ça, je n’ai pas trop de mal, il faut que je sois honnête !) mais il m’aide aussi à dépasser mes propres lois (ici, liées à mon amitié pour la première femme, de plus gravement malade) pour créer les conditions qui me permettent d’être saisi de compassion. Et ainsi d’apporter à tous plein de bonheur, reçu de Jésus Christ, qu’on a envie de partager tout autour de nous

Daniel Bertèche