Homélie

Source :  Site Spiritualité 2000

Homélie Veillée Pascale

La veille au soir, elles avaient acheté les parfums. Le Sabbat, elles l’avaient passé dans la tristesse, dans l’affreuse mémoire du crucifié tourmenté par d’atroces souffrances. Elles en avaient encore le cœur et l’âme déchirés. Avaient-elles dormi cette nuit-là? Peut-être pas.

C’est en portant ensemble leur douleur, dans le silence du deuil, que les femmes arrivent au tombeau pour l’œuvre qu’elles sont pressées d’accomplir. Elles sont malheureuses comme nous le sommes quand trop de souffrances nous envahissent, quand quelqu’un est parti trop vite, à qui nous aurions eu tant de choses à dire encore, ou qui avait plus encore à nous dire. C’est en ressassant leur souvenir, en essuyant des larmes, en pressant leurs pas d’amoureuses qu’elles viennent ainsi au plus tôt du matin à la rencontre de leur ami défunt. Pour prendre soin de son corps et faire ainsi leur deuil, et se donner meilleure conscience à son égard.

Une préoccupation maintenant les habite : qui va rouler pour elles la pierre qui ferme le tombeau? Seules elles n’y arriveront pas. Cette pierre est lourde de toutes les formalités et institutions de la vie sociale, de l’oubli, de la peur, de nos fragilités humaines, de nos incapacités.

Mais voilà que la porte est grande ouverte. Plus rien ne bloque leur passage. Vite elles entrent. Il y a quelqu’un? – Oui! Un jeune homme vêtu de blanc. Pourquoi ont-elles peur de lui? Il n’a rien dit encore. Il n’a rien fait. Mais justement : Qui est-il? Que fait-il là à cette heure? – Il est jeune. Il est beau, tout en blanc. Elles ont vraiment peur.

Elles ont bien raison d’être effrayées. Celui qu’elles cherchaient intensément, et dont elles sont certaines qu’il est mort, n’est plus là. Cette absence les fait passer dans tous les états : la peur, la colère, la déception, l’inquiétude! C’est tout ça qui se mélange en elles, et qui les met hors d’elles-mêmes.

Lui pourtant, le jeune homme, il est bien calme et posé. N’ayez pas peur! Vous voyez bien qu’il n’est pas ici… Il a été ressuscité! À celles et ceux qui veulent le voir, allez dire que c’est en Galilée qu’ils le verront, comme d’ailleurs il vous l’a déjà dit. Il n’est pas ici en ce tombeau, ni ailleurs autour, ni en aucun tombeau. Il est vivant en ces lieux où jadis il vous parlait, où il vous a enseigné, où il a grandi, où vous avez aussi grandi avec lui, sur vos terres, dans vos villages, au bord du lac ou ailleurs dans les collines, en tous vos chantiers.

Retrouvez-le dans votre monde d’aujourd’hui, partout où vous êtes, il est vivant, ressuscité, présent à ce que vous faites, à ce que vous êtes.  Quittez vos peurs et vos frayeurs, vos peines et vos langueurs. Il est vivant! Cherchez-le chez les vivants… dans la vie, dans votre vie!

Dans leur affolement, combien de temps il leur a fallu pour comprendre, pour donner foi au témoignage du jeune homme en blanc? Nous ne le savons pas. Mais oui, nous le savons : c’est le temps qu’il faut pour se convertir, le temps du passage de la peur à la confiance, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie; c’est le temps d’une vie peut-être, le temps d’un éclair parfois; c’est le temps de la grâce, le temps du passage de l’incrédulité à la foi, quand la foi surgit dans nos esprits enténébrés.

Voici que Pâques est lumière, passage vers la joie. L’accueil d’une immense nouveauté. Voilà la surprise de tous les jours, de tous les instants, si nos cœurs s’ouvrent à lui : Christ est vivant! Il est ressuscité! Voyons-le en Galilée; il nous y donne rendez-vous! Alléluia!

Jacques Marcotte, o.p.