Perdre pour gagner.

Simon Pierre vient de déclarer sa foi en reconnaissant en Jésus, le Christ, le messie, l’envoyé de Dieu promis par les Ecritures. Une profession de foi enthousiaste en laquelle Jésus reconnaît d’ailleurs une inspiration divine : « C’est mon Père qui t’a révélé intérieurement mon identité divine ». Sur cette foi, Jésus va fonder sa communauté nouvelle :l’Eglise : « Désormais, tu t’appelleras Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… » Jésus peut faire un pas de plus dans la révélation de sa mission. Il commence à enseigner ses disciples sur sa passion, sa mort et sa résurrection. Avec autant d’ardeur qu’il avait mis dans sa profession de foi, Pierre va s’opposer maintenant à Jésus. « Non ! Monter à Jérusalem pour se faire arrêter, juger, exécuter, ce n’est pas possible, cela ne peut pas t’arriver, je ferai tout pour l’empêcher ». Jésus rabroue violemment Pierre et le traite même de Satan, c’est-à-dire l’Adversaire, celui qui s’oppose au projet de Dieu. « Passe derrière moi Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ». Pierre est resté sur une façon très humaine de voir le Christ, le messie : un chef, un homme fort, qui pourrait même chasser l’occupant romain mais pas quelqu’un qui irait au-devant de la mort, rejeté par les chefs religieux de son temps. Ce n’est pas du tout sur cette voie du pouvoir que Jésus avance. Au contraire, il se fait serviteur, à l’image du serviteur souffrant du prophète Isaïe, qui donnera sa vie pour son peuple. Et pour compléter son enseignement, Jésus annonce la couleur à ses disciples. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Comment comprendre ces paroles qui paraissent si exigeantes ? Renoncer à soi-même, perdre sa vie pour la sauver ?  Dans notre société on cherche plutôt par tous les moyens à mette en valeur la personne. Y aurait-il pour Jésus un certain dédain pour notre humanité ? Pas du tout, au contraire. Il demande simplement à tout homme de se décentrer, d’accepter de recevoir sa vie et ses qualités de la source de vie qu’est Dieu lui-même. La vie est donnée. Vouloir se construire par soi-même, aboutit à prendre la place de Dieu lui-même et l’homme se croit alors tout puissant et centre de l’univers. Jésus propose à tout homme d’aller chercher au plus profond de son être intérieur cette présence divine, l’image du créateur, le souffle divin et de le suivre. Ce n’est plus être prisonnier de son « ego », de sa volonté de puissance sur les autres mais mettre au service des autres et du monde ses compétences, ses talents innés ou acquis. Au fond, il s’agit de trouver son chemin non dans la satisfaction de sa volonté de pouvoir et de domination sur les autres et le monde mais plutôt d’être serviteur de tous et de la création. A l’image de Jésus qui trouvait sa joie sa force son rayonnement dans la vie qu’il recevait de son Père. Il ne s’agit pas de renoncer à être des vivants mais de crucifier en soi le goût du pouvoir, d’être toujours le meilleur le plus fort pour dominer, pour se faire centre, mais de chercher au contraire les vues de Dieu, s’ajuster à ce qu’il attend de moi avec tout ce que je suis. Comme Jésus nous pouvons faire cette prière : « me voici Seigneur, pour faire ta volonté ». C’est la seule offrande que Dieu attend de nous dans chaque eucharistie.