Faire bouger les lignes (Mt.15/21-28)

L’Evangile du Dimanche 16 août nous rappelle la rencontre de Jésus avec une femme, une cananéenne, doublement étrangère au pays et à la foi d’Israël : une païenne, impure pour la tradition juive de l’époque. C’est pourtant elle qui va faire bouger les lignes du projet même de Jésus qui s’estime être envoyé d’abord aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais l’insistance, la prière et les cris de cette mère viendront à bout de la résistance première de Jésus. Elle le contraint à faire sauter les verrous d’une tradition sclérosée pour l’ouvrir à la souffrance d’une mère et de sa fille malade. La réplique de Jésus « Il n’est pas bon de prendre le pain de la table des maîtres pour le jeter aux petits chiens » aurait pu la décourager. Mais non ! Elle accepte le statut de petits chiens et dans une réponse pleine de vérité et de sagesse elle rétorque : « mais les petits chiens récupèrent les miettes qui tombent de la table de leur maître ». Autrement dit : » Est-ce que nous les païens et les étrangers ne pouvons-nous pas bénéficier des largesses de Dieu dès maintenant, « vas-tu faire passer la séparation -juif-païen-  avant la compassion ? » Jésus ne peut qu’admirer la foi et le bon sens de cette femme qui en appelle au cœur de Dieu qu’aucune souffrance ne laisse insensible. Aujourd’hui, l’Eglise corps du Christ au milieu du monde est appelée à se laisser toucher par les appels au secours de nos contemporains. Elle a aussi à quitter ses sécurités dogmatiques qu’elle croit immuables pour sortir de ses frontières et aller aux périphéries comme le pape François nous y invite sans cesse. Sa mission n’est-elle pas de traduire en paroles et en actes la compassion, la tendresse d’un Dieu Père de tous les hommes ?