Homélie du 31 mai 2020

HOMELIE   DU    31   MAI         Fête de la  Pentecôte          Actes des Apôtres  2,1-11

Ce texte des Actes des Apôtres est le seul à nous raconter par le détail cet évènement de la Pentecôte qui marque l’irruption de l’Esprit Saint après le départ de Jésus. Luc qui écrit ce texte part beaucoup des textes de l’Ancien Testament pour nous éclairer… Une fois de plus, nous ne trouvons pas là une vérité historique qui raconterait par le détail ce qui s’est passé réellement, nous trouvons un texte qui nous invite et qui nous aide à y découvrir le message qui en découle. Tout d’abord la description : « Un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent…. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu… » tout cela nous rappelle la remise des commandements de Dieu sur le mont Sinaï à Moïse. On part donc  des tables de la loi en pierre pour arriver au cœur de chair ; cela veut dire que le message ne se trouve plus dans ces commandements de Dieu mais bien plutôt dans le texte des Béatitudes qui est plus un livre de vie qu’un règlement : Permis, ou interdit !

Ce qui prend le plus de place dans ce texte c’est l’énumération des représentants de toutes les régions de tous les pays présents à Jérusalem. Elle a un sens cette insistance de Luc pour nommer les origines des toutes les personnes présentes, alors qu’il aurait pu se limiter à l’expression employée au début : « Des personnes, venant de toutes les nations sous le ciel… » (A cette époque, le monde se limitait au bassin méditerranéen !). Cette longue description si variée est là pour nous rappeler que cette irruption de l’Esprit ne se limite pas à quelques élus mais au monde entier. Et c’est vrai qu’on a toujours besoin de se le rappeler, on pratiquerait toujours tellement vite l’exclusion pour toutes les raisons du monde…

Et d’ailleurs ce message qui est résumé dans la dernière phrase du texte commence par insister sur l’aspect universel de la transmission du message : « TOUS, nous les entendons parler dans nos langues les merveilles de Dieu… » Alors quelle est la portée de l’action de l’Esprit, comment le reconnaître : C’est celui qui nous permet de regarder, de trouver, d’admirer les merveilles de Dieu… On en a bien besoin en ce moment, en fait toujours ! Sans l’Esprit, nous voyons tout ce qui va mal au niveau des évènements, tout ce qui est moche dans la vie de nos voisins ou autres et même en nous… Et pour aider les autres à trouver dans leur propre vie les signes de l’Esprit Saint, il nous faut les rejoindre en comprenant et en parlant non seulement leur propre langue mais même aussi leur dialecte. Nous devons avec eux découvrir les merveilles de Dieu dans leur dialecte…Je me suis longtemps trompé dans ma compréhension de ce texte : J’ai longtemps cru que j’avais à étudier, à comprendre leur langue pour les amener à ma propre langue qui me paraissait la seule bonne, c’est-à-dire qui délivrait le vrai et la totalité du message… Alors qu’en fait j’ai effectivement à étudier, à comprendre la langue de l’autre mais pour y découvrir dans cette vie, dans cette langue telle qu’elle est, différente de la mienne, les merveilles de Dieu. Cela doit s’appeler la conversion ! C’est plus décapant. Et ce n’est possible que par l’humilité…Le philosophe Olivier Abel, dans le journal « La Croix »  nous dit que « L’humilité nous fait accepter l’étroitesse de notre point de vue et elle nous ouvre à la considération des autres points de vue, des autres formes d’existences et de vie que la nôtre….L’humilité, c’est aussi la vertu de ne pas humilier les autres. » Mais quelle bonheur de découvrir, de s’enrichir de toutes ces merveilles que je ne connaissais pas, que je ne vivais pas, dans la vie des autres….

Un matin de cette semaine, on frappe à la porte, je vais ouvrir…. Apparait, tout sourire, un homme qui passe tous les ans vendre des bricoles pour l’association des handicapés de la vie… Il dépose son sac et commence par me demander si je vais bien….Moi, je lui réponds, un peu sèchement qu’il est inconscient, qu’il est imprudent de faire le porte à porte sans aucune protection contre la Pandémie, ajoutant que c’est dangereux pour lui, mais c’est dangereux aussi pour les autres… J’avais l’impression qu’il descendait d’une autre planète…Et j’ai enfoncé le clou en lui expliquant que souvent des femmes des gens du voyage venaient demander un peu quelque chose, mais depuis le début de la pandémie, plus personne n’est venu, elles se sont protégées… Alors il reprit son sac et commença à descendre les escaliers, en marmonnant,( j’ai eu du mal à entendre ): « C’est mon gagne-pain, je n’ai que ça pour vivre, je n’ai pas le choix…. »  C’est comme s’il m’avait donné un coup sur la tête ! J’ai entendu et j’ai compris son dialecte…Ma réflexion, mon argumentation étaient justes…Mais là, c’était un autre langage qui m’a renvoyé à ma langue parfois  (souvent !) à corriger.. En fait, je voulais emmener cet homme à ma réflexion si juste, à ma réflexion bien réfléchie, mais c’est lui qui m’a appris à entendre, à comprendre son dialecte et à en vivre.. Et l’humilité dont je parlais tout à l’heure avait toute sa nécessité !   Mais pour y découvrir tellement de merveilles !

Daniel Bertèche