Homélie du 9 avril 2020 (Jeudi Saint)

En ce soir du Jeudi Saint nous faisons mémoire du dernier repas que Jésus a pris avec ses apôtres… Nous nous rappelons les paroles que Jésus prononce au cours de ce repas quand il partage le pain ; « Ceci est mon corps » et quand il offre le vin : « Ceci est mon sang ». Et il conclue les deux fois en disant : « Faites ceci en mémoire de moi » Ce qui est très important surtout pour nous aujourd’hui, nous le verrons tout à l’heure…

Mais d’abord quel est le sens de ce signe du corps et du sang de Jésus donné pour nous ? Jean va nous aider. Lui, il ne raconte pas le dernier repas de Jésus comme les autres ; il nous raconte presqu’une autre histoire ou plutôt il nous dit dans quel état d’esprit, quel est le sens profond de ce signe…  et d’abord dès le départ de son récit il précise bien les choses : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout… » Tout est là, une fois de plus Jean insiste, Jean nous rappelle qu’il s’agir d’une histoire d’amour…  et que cet évènement, ce signe, ne se comprennent pas autrement. Jean ne raconte pas l’évènement parce qu’il pense (et il a bien raison) que ce dont nous avons besoin, c’est surtout le message qu’il y a derrière cet évènement et donc à la place il raconte le lavement des pieds. Là, aussi pour comprendre le sens de ce Jésus qui va laver les pieds de ses apôtres il nous faut retourner au début du texte : « Jésus ayant aimé le siens, les aima jusqu’au bout… » Pour Jésus, aimer, c’est se faire serviteur, c’est laver les pieds des autres… En se rappelant que cette tâche ne pouvait être imposée aux serviteurs juifs, mais seulement aux serviteurs étrangers, le dernier degré, il n’y a pas plus bas. C’est cela que Jésus a choisi comme exemple pour nous délivrer un message terrible : Tu veux aimer vraiment… accepte la dernière place. S’il nous propose cela ce n’est pas pour nous humilier, nous casser, pour soit disant être vertueux, C’est parce que la meilleure place, c’est celle du service, qui ne blesse pas, qui de par sa situation, n’humilie pas, plus même ne se remarque pas, par-là permet aux autres d’exister et surtout… nous rend capable de voir la richesse existant chez les plus humbles et on ne peut autrement qu’en acceptant de prendre la dernière place qu’on nous donne d’ailleurs bien volontiers ! Une personne m’a envoyé un message manifestant ce changement de mentalité qui existe aujourd’hui, à cause de (grâce à !) la situation difficile que nous vivons :

« J’ai travaillé de longues années dans l’insertion sociale et professionnelle des personnes en difficultés.

Ils étaient la plupart du temps sans qualification et après avoir été en rupture scolaire, peu de métiers valorisants leur étaient accessibles.

Avec cette pandémie on voit reconnue leur importance et le rôle essentiel qu’ils jouent. Je pense aux éboueurs, aux personnels de nettoyage, aux livreurs… Bien sûr, et c’est normal on nous parle surtout des soignants et aides-soignants, etc.. à qui on consacre des reportages pour montrer leur courage et leur importance. Des personnalités célèbres les côtoient pour les aider.

Mais aujourd’hui on commence un peu à parler aussi de ces autres personnes et quand les journalistes interrogent ces travailleurs, ils répondent simplement « Nous on ne fait que notre travail »

J’espère qu’après cette période difficile notre regard sur ces gens aura changé. »

J’ai demandé à cet homme la permission de raconter ce fait de vie, il m’a répondu (par mail, bien sûr, confinement exige !) :

« Bien entendu, je trouve sympa que tu me demandes, mais ce que je dis ou écris n’est qu’une modeste réflexion. J’ai tellement de plaisir à lire tes homélies et particulièrement les « faits de vie »

A travers ces réflexions de cet homme, son regard sur les évènements et la manière de relire ce qu’il m’a écrit, mais on est en plein dans cet évangile… Plus même, grâce à ce fait, l’évangile est alors lumineux : C’est vrai qu’on nous montre surtout dans les médias, toute l’activité, toute la fatigue, ce qu’est la vie du personnel soignant aujourd’hui et c’est vrai qu’on a raison, c’est admirable, quelque  part ils sont la pain et le vin qui nous nourrissent, qui nous permettent de croire, d’espérer en l’homme… Ils nous manifestent ce qui est divin dans la personne humaine. On est tous capables de le voir, de l’admirer et je le répète c’est bien… Mais pour s’arrêter et noter l’importance des éboueurs, du personnel de nettoyage, les livreurs etc… qui disent : « On ne fait que notre travail.. » (Vous savez le serviteur inutile de l’évangile !) il faut l’état d’esprit de cet homme qui, répondant à ma demande,  parle de sa « modeste réflexion » C’est-à-dire avoir l’esprit de serviteur dont nous parle Jésus…C’est vrai aussi que dans les circonstances de ce que nous vivons aujourd’hui, il y a des journalistes qui  jugent important d’aller interviewer ces éboueurs etc…et cela c’est réjouissant.

Et cela nous amène à reprendre la conclusion de cet homme : « J’espère qu’après cette période difficile notre regard sur ces gens aura changé ! »

Cette dernière phrase nous renvoie à notre vie d’aujourd’hui mais aussi à l’évangile : Dans ces circonstances, nous vivons des choses fortes, nous sommes amenés à regarder les personnes autrement, à découvrir l’importance du service comme partie intégrante de l’amour… Mais l’important c’est qu’on n’oublie pas ça dans l’avenir, d’où l’importance et la répétition de ce que nous dit Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi… » pour ne pas oublier qui je suis un « serviteur » qui vous invite à me suivre. A travers ce que nous vivons aujourd’hui, cette phrase de Jésus prend davantage d’épaisseur, d’importance… » Et par là chacune de nos messes aussi !

Daniel Bertèche