Homélie du 11 avril 2020

HOMELIE   de la Veillée Pascale    (Matthieu 28,1-10)

Cet évangile nous raconte la venue de Marie Madeleine et de l’autre Marie au tombeau de Jésus. Cet épisode, nous avons plus l’habitude de l’entendre dans l’évangile de Jean. Jean nous parle aussi de ces deux femmes qui viennent de bon matin au tombeau de Jésus. Dans Jean, quand elles arrivent, la pierre est roulée, le tombeau est vide… Elles croient à un enlèvement du corps et vont l’annoncer à Pierre et à Jean qui aussi vite arrivent sur les lieux et constatent aussi que le tombeau est vide. C’est tout ce qu’ils voient, un tombeau vide, c’est à dire : rien. Ils sont tous perplexes sauf Jean, alors qu’il n’y a aucune preuve,  il voit (rien) et il croit… Il croit que Jésus est ressuscité… C’est le message de Jean…

Pour Matthieu, les deux femmes viennent pour regarder le sépulcre et c’est tout. Mais alors que dans l’évangile de Jean, il ne se passe rien, là c’est vraiment tout le contraire, (excusez l’expression) ça pète le feu : Il y a un grand tremblement de terre, il y a un ange qui descend du ciel, qui vient rouler la pierre et s’assoit dessus… Il avait l’aspect de l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige. Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent, devinrent comme mort…On n’est plus du tout sur le même registre : Mais alors qui dit vrai ?  Les deux ; nous savons qu’il ne s’agit pas de la description et de la précision d’une vérité historique, il s’agit d’un message… Et donc aujourd’hui nous nous en tiendrons au message de l’évangile de Matthieu. Il peut se résumer en ces termes : Pour Matthieu, la résurrection de Jésus est un évènement fort qui révolutionne tout, qui change tout, c’est un véritable tremblement de terre… Pas au sens physique bien sûr, d’un évènement mais au fond du cœur de chacun. Et Matthieu nous invite à réfléchir pour voir en quoi cette résurrection de Jésus peut révolutionner notre vie, tout bousculer, d’abord en chassant la peur et à vivre sans crainte. Et ensuite il est répété souvent que Jésus est vivant et présent en Galilée. Si nous voulons découvrir Jésus ressuscité,  nous le trouverons dans notre Galilée à nous c’est-à-dire en pleine vie. A nous de trouver les signes de sa présence.

Jeudi soir, je regardais l’émission de télévision « Envoyé Spécial ». En même temps, je repensais aux émissions d’avant et même en remontant jusque Pâques de l’année dernière, souvent dans cette émission, on traitait de sujets graves et surtout on dénonçait des injustices, des inégalités criantes, on cherchait d’où venaient ces injustices, on creusait en menant des enquêtes approfondies pour dénoncer les causes et même trouver les coupables, ce qui est loin d’être mal, on doit chercher la vérité. Mais il m’arrivait de ressortir de ces émissions avec un certain malaise, un peu découragé de ce monde marqué tellement par le pouvoir, l’argent montrant tellement une humanité inhumaine qui ne donnait pas le moral…

Jeudi soir, comme depuis plusieurs semaines, changement total de programme, surtout de regard et de mentalité : bien sûr, et on ne s’en lasse pas, on nous a montré les actions des infirmières, on est revenu, entre autres sur celles qui se sont confinées avec leurs patients depuis 21 jours et qui vont être remplacées, on nous montrait toute l’admiration que la population leur portait. Je me disais, il y a un an et beaucoup plus quand on nous parlait des services hospitaliers, c’était pour dire qu’elles étaient en grève, sans en dire plus, ce n’était pas gênant puisqu’elles mettaient une étiquette : « En grève » et faisaient leur boulot quand même. Alors on passait à autre chose… Aujourd’hui, on se rend compte… Et de bien d’autres choses : on nous a parlé de ce restaurateur dans le Nord, bien sûr sans clients, qui avec un de ces employés volontaires au lieu de rester sans rien faire et de pleurer sur son sort prépare à manger et amène la nourriture aux services de santé de l’hôpital de Lille, ce qui lui vaut les applaudissements des infirmières, et lui bien sûr leur a renvoyé toute l’admiration qu’il avait pour elles. Et ces éleveurs de moutons, qui d’habitude vendent beaucoup d’agneaux autour de Pâques et qui risquaient d’être coincés par le confinement, qui sont allés proposer leur service à proximité, soutenus par la population où tout le monde se retrouve gagnant. Combien d’enfants, de jeunes écrivent, dessinent et disent : « Merci ». Quelle somme de générosité dans tous les domaines, à tous âges… Combien de personnes vont s’occuper de leurs voisins ; combien de réseaux sont nés pour faire les courses pour les personnes fragiles. Je ne suis pas un doux rêveur, je sais que tout est loin d’être parfait, je pense aux plus pauvres, aux isolés, mais il y a une certaine belle ambiance, une attention à l’autre. C’est quand même différent qu’avant. Pourquoi ? On aurait envie de dire, à, travers toutes les belles choses, dans le secret, dans la discrétion bien souven,t que tous nous sommes capables de voir et d’égrainer nous-mêmes à longueur de journée, mais nous trouvons là  des signes de Jésus Ressuscité ! Et pourquoi en ce moment ? Mais parce que à travers cette pandémie, c’est la mort, physiquement et moralement qui est présente…. Et j’ose cette phrase : Pour pouvoir ressusciter, il faut mourir… Au cœur même de cette mort, la résurrection est bien présente. Mais cette résurrection, nous devons la repérer, l’admirer et surtout l’entretenir. Et cela dépend de nous que cela continue, c’est tellement beau, c’est tellement divin. Quittons le tombeau, soyons des ressuscités ! Et le bonheur sera là ; il faut que le Coronavirus soit utile et ça dépend quand même de nous….

Daniel Bertèche