Homélie du 1 septembre 2019

HOMELIE   DU  1er SEPTEMBRE  (Sira.3,17-18.20.28-29.Hébreux12,18-19.22-24.Luc14,7-14)

Pour bien entendre et comprendre le message d’aujourd’hui, il faut commencer par écouter ce que dit l’auteur de la lettre aux Hébreux à sa communauté formée d’anciens juifs convertis. Il leur montre la différence de compréhension et les autres signes de la présence de Dieu reconnus par les juifs et la rencontre de Jésus, le « médiateur d’une alliance nouvelle » et cette différence il la montre concrètement : Avec Jésus, « pas de réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï ; pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre… » Et donc pas de signes qui nous feraient avoir peur de Dieu, dans son comportement de toute puissance. Cela nous amène (une fois de plus !) à revoir et à corriger notre manière de comprendre et de reconnaître Dieu dans notre vie de tous les jours ! Nous en sommes encore bien souvent à l’idée du Dieu de l’Ancien Testament. Nous savons que si nous voulons connaître le vrai visage de Dieu, c’est vers Jésus que nous devons nous tourner à travers ce qu’il a dit et à travers ce qu’il a vécu…Et ce qui nous est proposé comme conduite à suivre (et dans le texte de Ben Sira et dans l’évangile) découle directement de l’attitude de Jésus… En n’oubliant jamais que cette manière d’être nous dit, en fait, comment aimer à l’exemple de Jésus. Cela ne peut se comprendre autrement qu’en le reliant à la capacité d’aimer. Sinon, on peut se tromper lourdement en entendant par exemple Jésus nous dire de prendre la dernière place. Certains prennent ainsi au mot l’évangile en allant jusqu’à dire que Jésus veut qu’on s’humilie et quand on est humilié c’est pour notre bien ! Et donc certaines personnes acceptent l’humiliation venant d’autres en y voyant l’action de Dieu pour leur conversion !!! Il ne s’agit pas de cela du tout, il s’agit de la capacité d’aimer à l’exemple de Jésus. Et c’est cela que nous avons à découvrir à travers les textes et à travers la vie : Ben Sira nous dit : « Accomplis toute chose dans l’humilité » et aussitôt il conclue : « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute… »  Mais qu’est-ce que c’est vrai ! Ecouter l’autre en vérité est la chose la plus importante, et on sait que pour écouter sans chercher immédiatement  à trouver et à donner ce qui nous apparaît comme la bonne réponse, il nous faut être humble. L’expérience montre (en tous les cas en ce qui me concerne) que vouloir à tout prix conseiller, éclairer même avec des mots justes, nous fait naturellement dominer les autres et bien souvent les enterrent un peu plus dans leurs difficultés alors qu’être une oreille qui écoute (avec un cœur) donne bien souvent l’impression d’être inutile alors que c’est le contraire. Mais cela ne se sait pas, cela ne se voit pas, cela ne nous valorise pas, cela ne nous fait pas quitter la dernière place, mais dans la durée, on ne peut que se rendre compte que certaines  situations sont débloquées sans qu’on en voit véritablement la raison ni surtout grâce à qui. En fait c’est là qu’on est en plein dans l’évangile ! J’en étais là dans ma réflexion quand m’est revenu un vieux souvenir (31 ans !). Quand j’ai quitté Stenay en même temps qu’un autre prêtre, la question se posait pour moi d’accepter ou de refuser les quêtes et les cadeaux à l’occasion de mon départ (ça se faisait à l’époque). Pour moi, au premier regard, les choses étaient claires et l’argument infaillible : « Quand un pauvre quitte un endroit, on ne lui fait pas de cadeaux ! Donc pas de cadeaux non plus pour moi » Mais ce n’était pas si simple car en refusant les cadeaux, je mettais en porte en faux l’autre prêtre qui avait l’intention d’accepter allégrement les cadeaux quitte à organiser des quêtes et dire ses besoins avec tous les bons arguments pour «  ses bonnes œuvres ! » Et donc je risquais de l’humilier dans ma décision… Et surtout je lui montrais d’une manière un peu violente que son comportement n’était pas très évangélique. Donc pendant plusieurs semaines j’ai pesé le pour et le contre évoluant sans cesse dans mes choix ! A cette époque, je réfléchissais beaucoup (toutes les semaines) avec un ami prêtre, et bien sûr revenait souvent la question de ce choix à faire ! Ce qui m’a frappé (peut être plus aujourd’hui qu’hier, je m’en rends plus compte aujourd’hui, c’est un signe !), c’est que jamais il ne m’a imposé sa manière de voir, il m’écoutait, il écoutait mes arguments, celui d’être fidèle à l’évangile ou bien ne pas humilier l’autre prêtre. Simplement, il écoutait, mettant quand même en avant, en valeur, ce que je disais de plus positif sur le moment. Il a accepté d’évoluer en même temps que moi. Et sans rien imposer, il m’a permis de faire le bon choix et surtout de faire le choix que je pouvais faire, moi, à ce moment précis. Et c’était tellement peu imposé de sa part, que j’ai longtemps cru que j’avais pris ma décision tout seul et j’ai été très fier de mon choix ! Si ce prêtre m’avait dit tout de suite sa pensée qui était la bonne, il me l’aurait imposée et je ne l’aurais pas reçue ! Même en pleine vie, on s’aperçoit que la dernière place est la bonne !

Dniel Bertèche