Homélie du 28 juillet 2019+

HOMELIE   DU  28  JUILLET     (Luc 11, 1-13)

Cet évangile donne l’impression de comporter trois parties : Il y a d’abord la demande d’un disciple à Jésus, en voyant ce dernier prier, de lui apprendre à prier et Jésus dit le « Notre Père »… Ensuite il y a ce petit exemple de Jésus : Imaginez qu’un homme vienne trouver  son voisin en pleine nuit pour lui demander trois pains parce qu’un ami vient d’arriver et qu’il n’a rien à lui offrir et qu’au départ ce voisin refuse de lui donner parce qu’il est couché… Et la morale de Jésus est celle-ci : « Même s’il ne se lève pas pour le donner par amitié, ce voisin se lèvera devant l’insistance du voisin…  pour avoir la paix…. » Et la troisième réflexion, c’est celle où Jésus demande quel père lorsque son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ?… Et la conclusion de Jésus : « Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants à plus forte raison et bien plus votre Père du ciel… »

En fait, pour ne pas commettre d’erreurs dans le message de l’évangile, il est important de comprendre les textes en les articulant les uns par les autres…. Ainsi en les reprenant rapidement : Le départ nous rappelle dans cette prière que Dieu est Notre Père… Un Père et le Père de tous. Un Père qui, contrairement au voisin du deuxième exemple, donne mais par amour… Et puis il y a cette insistance pour que nous regardions notre vie, celle des autres, que nous trouvions le sens de nos vies en affirmant que ce Dieu dans lequel nous croyons est notre Père… Et donc que nous chassions une relecture de nos vies en pensant encore que Dieu punit, est sévère et  ne nous aime pas vraiment… Non, Dieu aime comme un papa ou plutôt beaucoup mieux qu’un papa ou une maman… A chaque fois que nous réfléchissons, nous devons corriger  notre perception de l’action de Dieu dans nos vies…En conclusion, ces trois petits faits sont là pour nous rappeler que Dieu est notre père et que nous devons toujours nous le rappeler, le prendre comme référence, point de repère dans tous les faits concrets de la vie. Sinon nous restons dans les beaux discours y compris sur l’amour de Dieu en vivant le contraire souvent sans nous en rendre compte.

C’est ce que j’ai vécu cette semaine passée à Lourdes avec les malades. Jeudi matin, le jour le plus chaud,  nous nous retrouvions pour la messe à la grotte avec trois autres diocèses plus importants que le nôtre. Comme notre diocèse de Verdun était le plus petit, il a été mis en place en dernier… Tous les malades étaient en plein soleil alors que le clergé (les quatre évêques, les prêtres et les diacres étaient à l’ombre, bien au frais sous la grotte) célébrait la messe bien comme il faut, avec tout ce qui est prévu dans la liturgie… L’évêque qui a prêché a sans doute bien parlé de l’amour de Dieu et peut être même parlé de Dieu « notre Père »…Je dis peut-être parce que mon attention n’était pas du tout là mais à guetter l’installation de nos malades… Au début de la messe aucun n’était installé, tout le monde a été vraiment en place après l’évangile et aussitôt ça a été un mouvement incessant des médecins, infirmières, aides-soignantes et jeunes brancardiers de notre groupe que je suivais de ma place « privilégiée » en n’étant plus du tout attentif à la liturgie qui se déroulait autour de moi. Je sentais la difficulté et la peine des uns et des autres souffrant de la chaleur ; la colère montait en moi, devant l’indifférence de ce qui se passait là-bas, tout près en fait, nous étions sur deux planètes à tel enseigne qu’un prêtre de notre diocèse qui était justement brancardier, a voulu concélébrer la messe en arrivant à la sacristie 5 minutes avant le début de la messe, l’accès lui en a été interdit et il n’a pas pu concélébrer. Le comble ; ça a été la lente sortie solennelle de tout le clergé passant en belles chasubles rouge au milieu des malades et de leurs accompagnateurs qui n’attendaient qu’une chose c’était de retourner à l’ombre ! Le prêtre qui avait été exclu me disait fort justement : « Si l’évêque qui a prêché longuement, surement de la charité et de l’attention aux plus pauvres, avait dit : Je ne prêcherai pas en pensant à toutes ces personnes en plein soleil…. Ça aurait été une belle homélie dont on se serait rappelé… » J’ai repensé à cette phrase du Pape François (déjà citée !) : « Il n’existe pas de véritable culte si celui-ci ne se traduit en service du prochain… » et  « Celui qui fréquente la maison de Dieu et connaît sa miséricorde ne sait pas automatiquement aimer son prochain… »  Et il répète trois fois que ce n’est pas automatique : Qu’est-ce que c’est vrai ; si  je faisais lire cette homélie aux évêques et aux prêtres qui étaient sous la grotte, beaucoup seraient surpris car pris par la liturgie et leur prière ils n’ont sans doute rien vus. C’est vrai que ce n’est pas automatique ; si j’ai réagi ainsi, ce n’est pas parce que je suis meilleur mais c’est parce que tous ces malades et toutes les personnes les « servant »,  je les connais et je les aime !

Daniel Bertèche