Homélie du 30 juin 2019

HOMELIE   DU  30  JUIN      ( Luc 9,51-62)

Cet évangile d’aujourd’hui est le genre de texte où on a envie de dire à Jésus : « Non, mais là, tu pousses le bouchon un peu trop loin ! Tu es trop exigeant. Tu veux tout et tout de suite… » On peut même penser qu’il a des réactions pas très catholiques : Par exemple cet homme que Jésus appelle et qui lui répond : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père ! » et la réplique terrible de Jésus : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu… » Tout de même Jésus n’est pas à une heure prés (et même une demi-journée !). On a même l’impression que Jésus exige tout  pour lui au détriment des autres ! De la même manière cet autre qui lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison ! » C’est quand même normal, c’est respecter les personnes, leur donner une place, leur montrer qu’on les aime…Surtout qu’il commence par dire à Jésus : « Je te suivrai… » Alors pourquoi cette réponse si dure de Jésus à cet homme : « Celui qui regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. » Oui,  pourquoi cette dureté, ce rejet des demi-mesures, cette volonté d’exclusivité ?

Ce premier fait que je vais rappeler n’est pas une réponse à cette question mais peut nous conduire vers le chemin de la compréhension : Beaucoup connaissent cette histoire (vraie bien sûr) que j’ai vécue quand j’étais à Stenay (ça date !) : Il y avait là des religieuses et je m’étais lié d’amitié pour la plus âgée (plus de 80 ans, pour le jeunot que j’étais à l’époque, c’était très vieux), il y avait une belle complicité entre nous. Cette religieuse est décédée et à l’heure et au jour fixé pour son enterrement, j’avais autre chose d’important (tellement important que je ne sais plus ce que c’était !). J’ai réfléchi : « Si tu vas à l’enterrement, c’est pour monter aux autres l’importance que cette personne a pour toi. En fait c’est pour les autres que tu irais à son enterrement, (si tu n’y vas pas, attention les critiques de ces autres !), pas avant tout pour elle ! Et elle, elle sait ce qu’elle représente pour toi…. »  Je ne suis pas allé à son enterrement….

Peut-être que le premier fait cité dans l’évangile éclaire mieux cette volonté de Jésus de vivre à fond ce qu’il prêche et que son message ne peut être crédible autrement : pour se rendre à Jérusalem, Jésus est obligé de passer par la Samarie. Les Samaritains, ennemis jurés des autres juifs… Aussi on comprend que Jésus et les siens ne soient pas accueillis, surtout pour se rendre à Jérusalem que les Samaritains refusent de reconnaître comme la capitale religieuse ! Alors Jacques et Jean (ce n’est pas n’importe qui !) émettent l’idée de faire tomber le feu du ciel sur ces gens pour les détruire comme Elie l’avait fait pour les prêtres de Baal (en plus c’est dans la Bible !) . Ils méritent une sanction, une punition venant du ciel pour mauvais comportement. Et « Jésus, se retournant, les réprimanda. » Cette manière de penser est contraire au règne de Dieu…Et il l’exprime par le geste et la parole de manière assez violente.  Il y a une chose capitale à retenir : N’oublions jamais que cette impatience de Jésus est toujours liée à l’annonce et à la réalisation du Règne de Dieu, qui est règne d’amour pour tous sans distinction qui commence par se rappeler que : « Dieu fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants… » Et qu’il n’y a pas d’entorses à avoir même vis-à-vis de ceux qui nous font du mal !

C’est pour cela que souvent à ces textes de Jésus si entiers, nous aurions envie de mettre des bémols, d’adoucir, de relativiser, de trouver que Jésus va trop loin, qu’il est bien trop exigeant, mais rappelons-nous toujours que ces exigences veulent nous entraîner vers le règne de Dieu, qui n’est pas règne de la punition, de la condamnation mais règne de l’amour gratuit et c’est vrai que ce n’est pas simple… Aussi pour terminer, je vais « pomper » sur une homélie faite par Gabriel Ringlet dans la journal « La Croix » qui conclue son texte par une parabole racontée par Antoine Nouis. Nous savons que souvent les paraboles, comme les faits de vie, éclairent plus que toutes les belles explications… et surtout elles relient ce texte  d’exigences à la plus belle des capacités d’aimer gratuitement

« Sur un siège de bus est assis un vieil homme qui tient à la main un bouquet de fleurs fraîchement cueillies. De l’autre côté de l’allée se trouve une jeune fille dont le regard vient sans cesse se poser sur les fleurs. Le bus arrive à la station où le vieil homme doit descendre. Avant de quitter le bus, il dépose le bouquet sur les genoux de la jeune fille : « Je vois que vous aimez les fleurs, dit-il et je pense que ma femme aimerait que vous les ayez, je vais lui dire que je vous les ai données. » La jeune fille n’a pas le temps de réagir que le vieillard est déjà descendu du bus. Elle regarde par la fenêtre et le voit… pousser la grille d’un petit cimetière. »

Daniel Bertèche