Homélie du 7 octobre 2018

HOMELIE   DU  7 OCTOBRE     (Genèse  2,18-24. Marc 10, 2-16)

Quand je me suis mis à réfléchir sur cet évangile, je me trouvais pour deux jours avec un groupe de trente personnes, dites en difficulté, accompagnées de leurs animateurs et des bénévoles du Secours Catholiques Meuse, Moselle. Et en lisant ce texte où les pharisiens posent la question à Jésus pour savoir s’il est permis à un mari de renvoyer sa femme et en entendant les réflexions finales de Jésus à ses disciples : « Celui ou celle qui renvoie sa femme ou son mari pour en épouser une ou un autre est coupable d’adultère… » Je pensais à ces personnes qui étaient avec moi là, ces « pauvres » de l’Evangile, je me disais : « Mais pratiquement tous ces gens, qui sont ici avec moi, sont séparés ou divorcés et tous dans la souffrance, un certain nombre ne voient plus leurs enfants, ces gens-là, donc Jésus les condamne ? Mais ils n’ont pas besoin de cela… »
Et c’est là qu’une fois de plus, il faut réfléchir et regarder le texte de plus près… D’abord l’Evangéliste Marc nous dit que la question que posent les pharisiens est pipée d’avance puisqu’ils interrogent Jésus pour le mettre à l’épreuve, c’est-à-dire pour le coincer et pas du tout pour connaître son avis… Et c’est là qu’on découvre que Jésus essaye d’emmener ses contradicteurs bien plus loin ou plutôt sur un autre terrain. Pour cela, il fait référence au commencement de la création, et donc au texte de la Genèse que nous avons entendu en première lecture et qui est censé raconter ce commencement de la création, ce qui n’est bien sûr pas le cas : Ce texte a été écrit au dixième siècle avant Jésus Christ (c’est-à-dire bien loin de la réalité des débuts de l’humanité !) et ce texte n’a pas été écrit  par un scientifique mais plutôt par un théologien, un croyant assailli de questions (probablement à la cour du roi Salomon) du style : Pourquoi la mort ? Pourquoi la souffrance ? Et pourquoi les difficultés des couples ? Et tous les pourquoi de notre vie que nous connaissons bien… Pour répondre, il a raconté une histoire comme Jésus racontait des paraboles. Il ne prétend pas nous dire le quand et le comment de la création ; il dit le sens de la création, le projet de Dieu et là dans ce récit, il cherche à bien situer la relation conjugale dans le plan de Dieu…
Bien sûr, il serait intéressant de reprendre toutes les images employées par ce théologien : le jardin, le sommeil, la côte pour y trouver le message, que je veux résumer en quelques mots qui ont leur importance : D’abord la sexualité est une chose belle et bonne puisqu’elle fait partie du projet de Dieu, ensuite le projet de Dieu , c’est le bonheur de l’homme : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » signifie justement que Dieu recherche le bonheur de l’homme. Enfin l’idéal proposé au couple humain n’est pas la domination de l’un sur l’autre, mais l’égalité dans le dialogue. Et d’ailleurs si l’homme reconnaît que la femme est sa plus proche, il n’y est pour rien. Il la reçoit de Dieu (d’où l’histoire du sommeil de l’homme pendant la création de la femme). Tout cela pour nous aider à découvrir que Jésus invite les pharisiens et ses disciples à situer la relation homme femme non pas dans l’ordre du permis ou du défendu, de la loi, de la règle à respecter mais dans le domaine de l’amour : C’est-à-dire dans la recherche du bonheur de l’autre, basé sur l’égalité, la complémentarité…
Cette réflexion m’a permis de regarder bien autrement toutes ces personnes avec lesquelles j’ai vécu. Je n’en étais plus avec cet état d’esprit de les juger, les condamner ou ce qui est peut-être plus grave encore à m’apitoyer sur leur situation de divorcés, ce qui très souvent nous rend bien difficile la découverte de toute la richesse de vie qu’il y a dans cette vie, si souvent malheureuse et la grandeur de la réflexion qu’ils sont capables de porter dessus. J’avoue m’être profondément réjoui de tout ce qu’ils m’avaient apporté dans leur simplicité et surtout leur vérité. Dans les partages que nous avons eus, ils se sont facilement livrés, ils ont dit leurs souffrances, mais aussi et surtout tout leur bonheur, en des termes souvent touchants en ce qui concerne l’amitié, le bonheur et le soutien qu’ils se donnent les uns aux autres. Cela m’a beaucoup touché, à travers quelques expressions de ces personnes qui se retrouvent régulièrement là où elles vivent : « Ma famille, c’est le Secours Catholique, là je me sens bien, aimé, respecté, je suis quelqu’un… » « Je suis amie avec Marie Jo, j’ai un enfant handicapé, elle aussi, depuis que je le sais, on se comprend mieux ! » «  Depuis que j’ai revu mon fils que je n’avais pas vu depuis 20 ans, il y a 6 mois, j’ai totalement arrêté de boire… ça a tout changé dans ma vie…. Les autres me disent qu’ils ne me reconnaissent pas, que je ne suis plus le même ; même physiquement j’ai changé… » Et tant d’autres réflexions et aussi des paroles et des gestes d’amitié qu’ils ont su avoir vis-à-vis de moi. Un certain nombre avaient en plus de leur vie compliquée des handicaps physiques, j’ai admiré, enfin, cette volonté, toute naturelle de se faciliter la vie les uns aux autres

Daniel Bertèche