Homélie du 02 septembre 2018

   HOMELIE   DU  2   SEPTEMBRE      ( Marc 7,1-8.14-15.21-23)

Dans cet évangile, il est question de pur et d’impur, formule et réalité très présente dans la Bible…On n’a pas de mal à imaginer en écoutant cet évangile combien au départ il ne s’agissait que de règles d’hygiène les plus élémentaires (lavage des mains, lavages des plats etc…) Par la suite, ça va devenir des rites religieux : Le pur et l’impur….C’est une notion qu’on trouve aussi beaucoup dans l’évangile mais surtout pour y relever les effets néfastes et même catastrophiques que Jésus à chaque instant relève. L’exemple le plus frappant,  que tout le monde connaît, c’est la Parabole du bon Samaritain. Nous voyons là comment le prêtre et le lévite ne viennent pas au secours d’un homme à moitié mort, car s’ils lui venaient en aide, en touchant cet homme qui perdait son sang, ils deviendraient impurs et ne pourraient plus célébrer le culte. La religion leur interdisait de faire fonctionner leur cœur. D’ailleurs, cette question du pur et de l’impur va beaucoup empoisonner Jésus durant sa vie publique : Volontairement souvent, il va fortement bafouer cette sacro-sainte loi : Il va toucher des lépreux : Impur… Il va se laisser toucher et même embrasser par une pécheresse : Impur… Il va manger chez un pécheur (Zachée) : Impur. Il va guérir, le jour du sabbat : Impur… etc… Et d’ailleurs, cette attitude de Jésus va entraîner les bons pratiquants juifs (les scribes et les pharisiens) à se donner le droit d’affirmer que Jésus n’était pas le messie… Simon, le pharisien, chez qui il mange quand la pécheresse rentre chez lui et embrasse les pieds de Jésus, fera cette réflexion : « Si cet homme était le messie, il saurait qui est cette femme : une pécheresse… » Sous-entendu,  il ne se laisserait pas toucher pour partager son impureté !

Et c’est peut-être là que tout la difficulté se trouve chez beaucoup : Dans le refus de partager l’impureté de l’autre… Se vouloir pur pour reconnaître que donc on n’est pas impur et par conséquent qu’on est beaucoup mieux, et qu’on peut se donner le droit de juger et de condamner ! Et c’est dommage en fait car cela nous empêche de voir toutes les richesses si présentes dans les personnes qu’on traite d’ « impures »

Et c’est là que très aisément on rejoint ce que vit de difficile  le monde catholique aujourd’hui et la réponse qu’en fait le pape. Je veux parler de tous ces nombreux cas de prêtres pédophiles qui, de par le monde, empoisonnent l’Eglise, qui font mal. Mais comme toujours, c’est quand elle se trouve face à ces énormes difficultés que l’Eglise est amenée à réagir, où tous les chrétiens (c’est-à-dire, chacun et chacune d’entre nous) sont renvoyés à eux-mêmes, à leurs responsabilités. Et le pape François dans une lettre aux Chrétiens, c’est-à-dire, je le répète à chacun et à chacune d’entre nous (nous devons tous nous sentir concernés) pointe, à ses yeux, la raison majeure de ce mal : le cléricalisme. C’est-à-dire cette notion de hiérarchie, de pouvoir, pour reprendre l’Evangile, de personnes qui de par leur titre de «  purs »  n’ont absolument pas besoin d’éradiquer la moindre impureté en eux. Pour lutter contre ce cléricalisme (qui n’est pas réservé qu’aux prêtres !) le théologien Christoph Théobald rappelle des points essentiels : « Le baptême instaure un principe fondamental d’égalité entre tous les baptisés, et cela l’emporte sur tout le reste… » « Il est facile de prendre les clercs pour des ‘spécialistes du religieux’ et de leur laisser faire le travail. Cela produit des angoisses, tant du côté des clercs débordés que des fidèles déçus de ne plus avoir de prêtres disponibles. » Cette égalité entre fidèles et clercs est d’autant plus fondamentale qu’elle s’appuie sur le rapport de  « hiérarchie inversée » vécue par Jésus : « Que le plus grand parmi vous prenne la place de celui qui sert » C’est parce que Jésus a inversé l’ordre hiérarchique  que « les clercs sont dans une position seconde et non pas première. »

Concrètement pour nous dans notre paroisse, cela fait plusieurs trimestres que nous nous retrouvons un groupe plus ou moins important pour réfléchir à partir de l’évangile (toujours et c’est d’une très grande richesse) et aussi pour voir comment avancer vers la création d’une EAP parce que, depuis toujours, nous la voulons basée sur le service et jamais sur l’autorité ! C’est l’exigence que nous fixent  avec bonheur et le Pape François et Jésus. Christoph Théobald aime utiliser l’image d’un prêtre sourcier face aux immenses nappes phréatiques de l’Eglise et de la société : « A eux de se laisser d’abord surprendre par les relations fraternelles et les initiatives des uns et des autres (croyants ou non), avant de lancer des projets de leur unique initiative. » Ensemble nous sommes tous appelés à être des « veilleurs » pour nous aider les uns les autres à découvrir  et à nous réjouir de tout ce qui se vit déjà de beau dans le sens d’une  attention aux plus pauvres, d’une plus grande solidarité entre tous…  et à nous y associer. Pour cela, n’oublions jamais que nous sommes des humains avec la même impureté que les autres.

Daniel Bertèche