Homélie du 26 août 2018

      HOMELIE   DU  26  AOUT       ( Ephésiens 5,21-32. Jean 6,60-69)

Tout d’abord un mot sur la lettre de saint Paul qu’on a souvent comprise de travers et qu’on résume trop souvent dans  cette phrase : « Femmes, soyez soumises à votre mari… » Et certaines femmes en veulent beaucoup à Saint Paul d’avoir pu écrire de telles énormités…
Je me rappelle, il y a quelques années, qu’une femme avait refusé de lire ce texte à une messe du samedi soir, trouvant que c’était offensant pour les femmes ! Mais si on lit bien ce texte,  et en particulier la dernière phrase, on comprend que Paul n’est pas en train d’imposer sa conception des  relations des hommes et des femmes, mais au contraire il part uniquement de la réalité de ce qui se vit le mieux possible à son époque, dans la manière qu’avait un homme et  une femme de s’aimer. Bien sûr c’est loin d’être  parfait, mais il y voit de belles choses : « Vous les hommes, aimez vos femmes comme le Christ sait aimer… » Effectivement,  à cette époque (et jusqu’il n’y a pas si longtemps !) le mari était considéré comme la tête… Et donc Paul part de cette réalité de son temps, (comme nous le faisons chaque dimanche, avec les faits de vie) pour faire comprendre, à l’aide de l’exemple du couple, le type de relations d’amour entre le Christ  et l’Eglise. D’ailleurs, il le conclue : « Je dis tout cela en référence au Christ et à l’Eglise… » Bien sûr, aujourd’hui, on prendrait d’autres comparaisons plus « égalitaires » qui respectent tout un chacun. Cela montre bien qu’on est toujours en chemin et que rien n’est jamais figé, ni définitif dans notre manière de concevoir et surtout de vivre l’amour !

Cette large parenthèse terminée, entrons dans cet évangile qui clôt le discours sur le pain de vie. Et ce qu’on peut dire, c’est que ce discours n’est pas une réussite, si on considère le résultat : « A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. » Quel échec ! Même des disciples abandonnent Jésus. Qu’est ce qui les fait capituler ? Avant j’aurais envie de constater que Jésus n’impose rien, ne s’impose pas lui-même, pas de contraintes de quelques sortes que ce soit : évidence du discours, miracles, flatteries, voire menaces etc… Quelle liberté il laisse à chacun, il va jusqu’à poser la question à ses plus proches, les Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Cela va loin et là encore, dans son comportement, on a un visage de Dieu que Jésus nous révèle : Pour Jésus nous sommes grands, nous sommes respectables, nous sommes totalement libres à ses yeux et à son cœur. C’est fort, c’est divin ! On est très loin de « femmes, soyez soumises à vos maris ! » Il n’est absolument pas question de force ou de domination dans ses réactions, mais plutôt un appel à vivre comme lui son message qui est chemin d’amour.

Vous commencez à avoir l’habitude que je vous parle de la réflexion que j’ai régulièrement avec deux amis prêtres qui sont toujours, pour moi, éclairages et sources de richesses. L’un d’eux a raconté le mariage qu’il va faire d’un couple (elle, 58 ans, lui, 64 ans) qu’il connaît depuis plus de 15 ans. Elle, était dans un foyer de femmes seules et avait demandé et reçu le baptême, il y a 15 ans, elle ne sait ni lire ni écrire. Lui, pas en bonne santé est sans travail. Ces quelques mots pour dire dans quelle situation de pauvreté ils se trouvent. Ce prêtre est déjà allé manger plusieurs fois chez eux : « C’était simple mais correct ! » Il nous a lu la déclaration d’intention qu’ils ont fait tous les deux pour leur prochain mariage : Une merveille d’attention, de petits gestes très concrets qui disent l’essentiel, cela mettait en avant l’admiration qu’ils ont  l’un pour l’autre… L’un soulignant ce que l’autre disait en affirmant haut et fort : « Alors ça, c’est vrai ! » Un pur bonheur d’amour tellement simple !
En entendant ce fait, voilà la réflexion que fit l’autre prêtre : « Voilà plein d’humanité, de richesses bien présentes au cœur des pauvres… Les pauvres sont nos maîtres…Alors pourquoi ce privilèges des pauvres ? Pour que nous restions humains, pour que nous vivions avec les autres sans jamais nous écarter de l’humanité… » Et je poursuis, ce qui a fait fuir beaucoup de disciples de Jésus c’est qu’ils attendaient un messie puissant, efficace, qui rétablit la justice, qui leur donne en passant une certaine notoriété, du pouvoir même sur les autres. Et non, il leur a dit que sa propre vie est une vie donnée : Il donne sa chair à manger, il donne son sang à boire… C’est sa définition de l’amour. Et son chemin, qu’il nous propose aussi de prendre,  c’est celui de la pauvreté pour que nous ne soyons pas encombrés par des règlements, des lois, des principes qui font de nous, qu’on le veuille ou pas des dominants qui nous empêchent de voir toutes ces richesses des plus pauvres qui nous révèlent concrètement Jésus Christ et qui nous empêchent aussi d’en vivre … Si nous savons voir, une fois de plus, la vie se charge de nous renvoyer à cette place près des plus petits… Nous n’avons qu’à reconnaître que c’est une chance !

Daniel Bertèche