Homélie du 10 mai 2018

  HOMELIE   DU  10  MAI        (Marc 16,15-20)

Ce texte qui termine l’évangile de Marc reprend le même thème que l’on trouve au début de cet évangile… Marc au début de l’évangile nous dit : « Commencement de la Bonne Nouvelle concernant Jésus Christ, fils de Dieu … » et se termine : « Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu… Les apôtres s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle…. » Une parenthèse ou un rappel d’abord  qui a toute son importance : La nouvelle traduction des textes liturgiques remplace le mot Bonne Nouvelle par le mot Evangile, ce qui veut dire la même chose, mais ce mot évangile pour nous veut dire surtout : Le livre qui raconte la vie de Jésus… Il y manque l’aspect Bonne Nouvelle.
Alors quelle est cette Bonne Nouvelle que Jésus est venu annoncer mais surtout vivre, quelle est cette Bonne Nouvelle que les apôtres ont pour mission d’annoncer à toute la création ?
Nous connaissons la réponse : Jésus est venu nous révéler par sa vie et par sa parole que Dieu aime toute personne et que tout peut se regarder à travers et à partir de la Foi à  cet amour de Dieu… Il y a dans ce texte des paroles un peu étonnantes : « Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné… »  Il nous faut les relire à la lumière de cette réponse : Croire en Jésus Christ, c’est adhérer à son message, c’est surtout vivre avec sa mentalité : C’est avoir cette folie de croire en la victoire de l’amour sur toutes les formes de mort… Ce que Jésus traduit dans cet évangile par des serpents, du poison qui n’auront aucune conséquence sur eux… Et ces serpents et ce poison nous pouvons très facilement les concrétiser à travers toute la haine qui peut exister, mais aussi tous ces manques d’attention, de respect, tout cet individualisme (moi d’abord, je me défends, les autres qu’ils se débrouillent) : Toutes ces formes de mort bien présentes dans notre monde d’aujourd’hui… Jésus les invite à chasser tous ces démons de l’intolérance, de la haine par l’amour… C’est vrai que c’est un langage nouveau et c’est littéralement incroyable. C’est pourquoi certains et même beaucoup refusent de croire en cette bonne nouvelle, par là, ils se condamnent eux-mêmes dans le sens où ils ne croient pas à cette force de l‘amour et donc leur vie ne reconnaît pas, n’accueille pas cet amour de Dieu pour eux…Ce choix de croire ou de ne pas croire à la Bonne Nouvelle est le résultat de la liberté que Dieu laisse à tout un chacun. Mais ce message est important car il nous permet de tout bien vivre, de savoir mettre en avant la Bonne Nouvelle à travers la vie telle qu’elle est. En plus, Jésus nous fait une grande confiance, il nous croit capable d’en témoigner en choisissant de disparaître à nos yeux et de nous confier sa mission. C’est à nous maintenant d’être témoins de la Bonne Nouvelle à toute la création.

J’avoue que j’ai découvert toute la portée et surtout le sens concret de cette mission à travers ce que j’ai vécu ce samedi après-midi : J’ai rencontré une famille que je connais très bien à l’occasion de la préparation des obsèques d’une femme de 46 ans, morte brutalement, fortement marquée par la maladie depuis de nombreuses années. J’ai touché du doigt à travers cet échange la vérité et l’actualité de cet évangile : Il y avait là le mari de cette femme, ses deux enfants, un beau-frère, une belle-sœur, chacun a évoqué avec une certaine émotion toute la richesse qu’il reconnaissait dans  sa vie… Tous ont insisté pour mettre en avant combien cette femme marquée par la maladie depuis l’âge de 11 ans, avait toujours le sourire, ne se plaignait jamais de sa maladie, vivait à fond le moment présent, elle était habitée par un optimisme sans limite, toujours joyeuse, dynamique, le cœur sur la main, engagé au niveau de l’église, au niveau de la vie municipale.
Certains disaient qu’elle vivait à 300 pour 100. Je connaissais bien cette femme, je l’ai mariée il y a vingt ans, nous avons toujours beaucoup échangé y compris sur nos maladies et le combat à mener pour vivre une vie « normale », j’ai aussi évoqué combien elle m’avait enrichi dans sa manière d’ « ignorer » sa maladie…. On en était là dans le partage de nos peines et de nos regrets tout à fait compréhensibles, quelques larmes bien normales ont coulé en pensant à son absence, à sa disparition ; quand une jeune s’est mise à dire : « Il faut continuer à vivre selon ce qu’elle nous a appris ! Son sourire, sa bonne humeur, son punch même dans la difficulté, c’est à nous de les reprendre, de les poursuivre, elle va continuer à vivre à travers nous ! » Je me suis surpris à penser que c’est Isabelle qui parlait à travers elle, en tous les cas c’était son langage.

N’est-ce pas là que nous trouvons l’esprit de l’Ascension, cette disparition de Jésus, comme la « disparition » de cette jeune femme nous pouvons la regarder comme une absence, un échec ou comme une bonne nouvelle que nous avons à transmettre autour de nous pour rendre les autres heureux par l’amour que nous pouvons leur procurer. Par-là, c’est vrai nous croyons à la victoire de l’amour sur toutes ces formes de mort…Le plus difficile c’est peut-être d’y croire.

Daniel Bertèche