Homélie du 29 avril 2018

    HOMELIE   DU 29  AVRIL        (Jean 15,1-8)

Vendredi soir, comme tous les trois mois, nous nous sommes retrouvés, tout un groupe de personnes de notre paroisse, pour réfléchir sur notre vie à partir d’un texte d’évangile.
Et ce soir-là nous avions choisi le texte que nous venons d’entendre aujourd’hui, celui de la vigne et du vigneron.
Nous nous sommes donc répartis en quatre groupes de six personnes pour échanger plus librement sur ce texte. Et ce qui m’a frappé c’est combien cette lecture de ce texte a pu être différente : Certains s’arrêtant sur les expressions où Jésus donnait l’impression de faire des menaces, voire de condamner : « Tout sarment qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève…Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent… » L’enfer n’est pas loin ! D’autres reprenant la phrase : « Tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.. » reliaient cela à leur propre expérience douloureuse de la vie : Dieu leur envoyant des souffrances comme une « taille de la vigne » pour qu’ils s’améliorent. D’autres commençant par avoir cette compréhension « punitive »  de Dieu et découvrant à la relecture tout un autre sens beaucoup plus riche et ouvert sur une grande espérance. Ce qui m’a frappé c’est que à aucun moment personne n’a critiqué, encore moins n’a condamné l’autre dans sa manière différente de comprendre l’évangile. Une personne étant rapporteur d’un groupe dont elle ne partageait pas la réflexion, la rapporta avec beaucoup de respect et de délicatesse, insistant bien pour dire qu’elle ne jugeait pas ni ne condamnait cette réflexion qu’elle ne partageait pas. Pour moi, déjà là, ça a été quelque chose d’important.
Alors quel est le « vrai » sens de ce texte ; il se résume à cette phrase : « Moi, je suis la vigne, et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits… » Ce n’est pas une sentence, ce ne sont pas des ordres encore moins des  menaces, c’est une constatation : Si nous nous sentons reliés à  Jésus, si nous expérimentons son amour, c’est comme de la sève qui nous nourrit et qui nous permet de bien vivre… L’expression « demeurez en moi… » se trouve répétée huit fois dans ce texte pour bien montrer l’importance de cette relation forte entre Jésus et nous. Relation d’amour qui nous est indispensable pour être en état, être capable de tout bien vivre. Dans le groupe dans lequel je me suis retrouvé, il a beaucoup été question d’adolescents commettant des méfaits dans certains villages… Combien facilement nous trouverions à les condamner et à les rejeter (il faut dire que souvent ils nous fournissent les arguments pour les condamner !), forts d’une certaine sérénité que nous procure cette sève (cette certitude que Jésus nous aime) nous pouvons donner du fruit. C’est-à-dire nous pouvons sortir des désagréments qu’ils provoquent pour aller plus loin, pouvoir constater que ce sont souvent les plus paumés et que nous n’avons pas à nous défendre contre eux mais bien plutôt nous avons à essayer de les « sauver ». Concrètement, tout seul, c’est impossible, on en ressort comme les sarments complétement «  cramés » ; mais en se sentant aimés, surtout si cette amitié nous la partageons avec les autres sarments de la vigne, alors nous pouvons, et c’est ce qui a été partagé dans le groupe. Les autres personnes du groupe reconnaissant et mettant en valeurs la richesse de ce qui a été vécu et les belles réactions des uns et des autres : La sève circulait partout et provenait de cet amour de Jésus pour tous. Et c’est vrai que vécu ainsi, nous pouvons donner beaucoup de fruits, beaucoup d’amour.

Mais pour arriver à cet état d’esprit, il y a quelques idées fausses à chasser et par conséquent certaines à nous débarrasser : Arrêtons de dire : Il faut, je dois… Je dois apporter Jésus Christ aux personnes qui en ont tant besoin ! Mais ce n’est pas Jésus Christ que nous apportons alors mais l’idée que nous nous faisons de Jésus Christ : Nous sommes à ce moment un sarment libre desséché… Jésus nous n’avons pas à l’apporter, il y est déjà,  nous avons à le chercher et à le trouver dans la vie : «  Il nous précède en Galilée, » c’est-à-dire dans la vie. Et surtout, l’idée dont nous avons tellement de mal à nous débarrasser, à plus forte raison si nous avons un certain âge, c’est celle-ci : Le Dieu de Jésus Christ n’est pas un Dieu qui cherche à nous coincer, à nous punir, mais c’est un Dieu qui nous aime comme un fou, tellement fort qu’il nous invite à « demeurer en lui » pour que nous nous ne desséchions pas. La relation que nous vivons avec Dieu et Jésus le répète et le vit sans cesse, c’est une histoire d’amour, alors quand nous lisons l’Evangile et quand nous relisons nos vies, faisons toujours référence à cet essentiel, cela nous fera rejeter certaines explications qui nous laisseraient à penser que Jésus punit et condamne, en un mot ne nous aime pas !

Daniel Bertèche