Méditation pour le jour de la Pentecôte (Jean 20, 19-23)

[…]Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »[…]

L’abbé Patrick nous invite dans la méditation de l’Évangile de ce jour de Pentecôte.


La Pentecôte est une fête à laquelle nous « aspirons » et c’est bien normal puisque l’Esprit est souffle.En scrutant le sens de cinquantième jour,
ce jour au-delà de la perfection puisqu’il est au-delà de 49,
la multiplication de 7 par 7, chiffre parfait,
nous sommes amenés à nous dire que la question n’est pas d’abord à quoi aspirons-nous
mais qu’aspirons-nous, qu’est-ce qui rentre en nous et nous fait vivre.

Si nous aspirions uniquement à quelque chose,

– la Pentecôte se contenterait d’être la commémoration d’un événement unique, qui s’est passé 50 jours après la résurrection de Jésus, vers le mois de juin 33, une sorte de 14 juillet 1789 ecclésial, la naissance de l’Eglise à l’image de la naissance de la République.
Nous aspirons à nous rappeler un moment fondateur ; c’est important, mais un peu étriqué.

 – Ce pourrait être aussi le désir fort, la soif de recevoir l’Esprit Saint, l’envie que l’événement de juin 33 se reproduise à nouveau. Mais en fait, nous avons déjà reçu l’Esprit Saint à notre baptême et Dieu est venu rappeler ce don lors de la confirmation. Dieu est fidèle, son Esprit ne s’essouffle pas par l’usage.

Nous n’aspirons donc pas d’abord à quelque chose de particulier à la Pentecôte,
Si dans notre vie chrétienne, il y a aspiration à, c’est aspiration au retour du Christ
que nous préparons chaque jour.

A la Pentecôte, nous marquons d’abord d’une manière forte, joyeuse, pleine d’espérance
ce que nous aspirons chaque jour, ce qui nous fait vivre.

La première lecture du récit de la Pentecôte et l’Evangile présentent deux étapes.
Chronologiquement, il faut commencer par l’Evangile, 1ère étape marquée par la discrétion, l’intériorité.
Le soir de Pâques, alors que les disciples sont enfermés,

 Jésus vient au milieu d’eux, leur fait don de la paix et souffle sur eux « Recevez l’Esprit Saint ».
Mais rien ne semble beaucoup bouger.

La Pentecôte dans les Actes des Apôtres nous décrit par contre des manifestations spectaculaires.
Le jour de la Pentecôte, les phénomènes surprenant se bousculent :
un bruit survenant du ciel comme un violent coup de vent, l’apparition de langues de feu,
une proclamation dans toutes les langues.
Ce que les disciples avaient reçu le jour de la venue du Christ ressuscité à Pâques,
ils l’aspirent pleinement à la Pentecôte.

Nous avons besoin de la Pentecôte
car notre vie chrétienne est partagée entre le soir de Pâques et le jour de la Pentecôte.
Nous sommes des familiers des disciples du soir de Pâques.
Oui, nous sommes baptisés, oui, Jésus est Seigneur (2ème lecture) mais qu’est-ce que cela change vraiment ?
Une certaine neutralité d’attitude se dilue bien dans notre société qui pousse à la mesure, à tout gérer. Nous sommes poussés à entretenir « une petitesse rassurante conforme » comme l’écrit Jacqueline Kelen.
Nous allons reprendre les messes, avec des adaptations,
mais le risque est, après une bonne respiration,
de retourner derrière des portes verrouillées, de nous retrancher derrière le mur de nos habitudes.

Et puis, dans la vie, il y a des moments où cela fait tilt !
Au mois de janvier est arrivée timidement l’annonce d’un virus dangereux ;
il était bien là, mais c’est quand il y a eu le coup de tonnerre du confinement
que nous avons vraiment pris conscience de la réalité de la pandémie en cours.
Plus positivement, nous pouvons tous avoir en tête un événement que nous avons vécu, une parole qui nous a été dite, une rencontre que nous avons faite et qui ne dévoilent toute sa richesse que plus tard.
« Mais oui évidemment ! » « Je comprends maintenant ce qu’il a voulu dire »,
« En me rappelant cette rencontre, j’ai pris conscience de…, maintenant je ne pourrais plus… »

Les Apôtres avaient entendus le Christ pendant trois ans, avaient vu ses gestes ; au cœur de toute sa vie, il y avait un leitmotiv : Dieu aime tous les hommes et Jésus apporte le salut pour tous.
Et voilà qu’à la Pentecôte, cela fait tilt. C’est un bouleversement, une sorte de révolution intérieure.

La portée de l’Evangile est immense, toutes les barrières sautent
et les disciples trouvent les mots pour exprimer l’ampleur de cette Bonne Nouvelle.
Voilà que les merveilles de Dieu annoncées par les Apôtres se réalisent
par le fait même que des gens venus de partout se rassemblent en foule et qu’ils se parlent.

C’est en route.

Le temps du confinement a pu être ce moment de tilt.
Nous pouvons aspirer à ce qu’il le soit.
Des contacts renouvelés ou même inaugurés avec des voisins, des inquiétudes partagées à l’égard de malades, des images de détresse dans les médias ont pu faire éclater des barrières, faire sauter des verrous :
peuples en voie d’extinction en Amazonie, musulman persécuté en Birmanie,
famille africaine menacée de famine, manifestant à Hong-Kong, sans-logis dans nos rues,
pakistanaise dans un camp en Grèce, chrétien d’Orient désorienté,
réfugié soudanais paralysé par la peur en Lybie, Palestinien derrière le mur de la honte à Jérusalem, nous sommes tous frères et sœurs.

Mais oui, évidemment, c’est cette merveille que l’Esprit de Dieu nous fait aspirer. Tilt.
Alors qu’un violent coup de vent vienne remplir nos maisons, ouvrir les portes de nos églises,
nous fassent sortir avec audace, pour annoncer, partager, unir, redresser,
pour que tout homme puisse voir les merveilles de Dieu et recevoir sa paix.