Homélie du 2éme dimanche de Pâques

Bonjour à tous,

Voici l’homélie de l’abbé Manuel Achard pour ce 2ème dimanche de Pâques

L’Evangile de ce jour se situe après la mort du Christ. C’est un texte où beaucoup de choses ont été dites à propos de Thomas, celui qui ne croit que ce qu’il voit. Et cela a donné lieu à un fameux adage. Mais, nous pouvons retirer autre chose de ce texte. Et c’est ce que nous vivons actuellement qui va nous aider.

En effet, cela peut-être étrange de le dire comme ça, mais les apôtres sont en confinement… Comme nous. « C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. » Les disciples se sont confinés par peur. C’est la différence avec nous. Aujourd’hui, nous sommes confinés par mesure sanitaire alors que ceux d’hier l’étaient par peur.

Jérusalem est terriblement tendue après les événements. Le Christ est crucifié, ses paroles annonçaient un retour après trois jours. Des gardes surveillent l’entrée du tombeau et les disciples se sont réfugiés à cause de la chasse faite contre eux. L’ambiance est spéciale au moment de la mort du Christ. Et nous pouvons imaginer la tension que vivent les disciples à ce moment-là, les discussions qu’ils ont pu avoir. Et si tout ce que racontait Jésus était faux ? Et si nous nous étions fait avoir ? Chacun devait certainement exprimer sa petite thèse sur le sujet. Et puis, le Christ a été trahi par l’un des leurs. Qui dit qu’un autre disciple ne va pas s’échapper discrètement pour dire aux autres le lieu de leur confinement. On imagine sans peine la tension extrême.

Ou bien, peut-être est-ce leur ultime épreuve : vivre du Christ sans que ce dernier soit présent. Les apôtres ont du vivre les uns avec les autres et compter les uns pour les autres. Ils ont certainement dû aussi s’appuyer sur leur foi, avoir l’espérance que l’issue serait favorable et faire preuve de charité les uns envers les autres pour éviter qu’ils ne deviennent fous. Mais par la suite, l’issue sera favorable avec le retour du Christ dans ce lieu confiné. Les apôtres ont donc pu annoncer l’espérance qui attendait tout disciple du Christ. Et le témoignage des Actes des apôtres dans la première lecture fait de cette attitude des disciples le fondement de la communauté chrétienne. Résolument, cette expérience a fait naître quelque chose de nouveau.

Le confinement est donc le lieu où se jouent les plus grandes vertus. Lorsque nous voyons les solidarités qui se jouent dans notre paroisse (que ce soit la continuité de l’action des associations ou de l’attention que nous avons pour les autres), nous percevons l’essentiel de ce qui se joue en toute personne : la charité. La question sera alors de savoir quels moyens nous prendrons par la suite pour continuer d’entretenir ces liens et ses relations. Quels chemins notre paroisse peut-elle inventer pour l’évangélisation et son propre fonctionnement ?

L’Evangile du jour nous invite alors à nous rapprocher de l’attitude des disciples lorsqu’ils étaient en confinement afin de tirer les meilleures leçons pour notre avenir. Retenons simplement ces mots du père Cantalamessa lors de son homélie du Vendredi Saint à la basilique Saint-Pierre de Rome : « Nous ne devrons pas revenir en arrière lorsque ce moment sera passé. Comme le Saint-Père nous y a exhortés, ne laissons pas passer en vain cette occasion. Ne permettons pas que toute cette souffrance, tous ces morts, tout cet engagement héroïque du personnel médical aient été vains. C’est la « récession » que nous devons craindre le plus. »

Abbé Manuel Achard