A Dieu Père Jean-Marie AUBRY – Mot d’accueil par le p Benoit BIZET
Obsèques de Jean-Marie Aubry, Souilly, le 2 février 2026
Jean-Marie,
Tu pardonneras aisément si, dans les quelques lignes qui vont suivre, il y a d’immanquables trous dans la raquette. 92 printemps, 54 années de ministère ne se résument pas en trois minutes. Et puis l’année où tu prenais ta retraite, je passais à peine mon bac !
Tu es né le 5 juin 1933 à Osches – village qui restera ta patrie. Tu m’avais confié, il y a quelques années être le fruit d’un petit miracle. Tes parents, Gabriel et Jeanne, après avoir donné naissance à ton grand frère Paul (de cinq ans ton ainé), désiraient avoir un deuxième enfant, en vain. Ils sont donc allés en pèlerinage à Benoîte-Vaux, demander à la Vierge Marie cette grâce. Et neuf mois plus tard, tu es né. En septembre dernier, ce fut une joie pour toi de revenir à ce lieu source, lors de la journée des malades.
Tu grandis dans une famille d’agriculteurs et la terre t’a profondément marqué, façonné. « Il était de la terre, et avait les pieds sur terre 》 dit de toi ton neveu Michel. Mgr Joseph de Metz-Noblat, qui est de tout cœur avec nous, écrit :
《 N’oubliez pas de placer à côté du cercueil un pot à lait et un catalogue de sélection bovine !》
Tu travailles pendant quelques années avec tes parents sur l’exploitation agricole, puis tu délaisses les vaches pour les brebis du bon Dieu. Après un an au grand séminaire de Verdun, tu débarques à Metz où dès ton arrivée, tu prends en main le jardin. N’étant pas sûr de poursuivre jusqu’au bout, tu tiens à prendre toi-même en charge les frais de scolarité. Sauf la dernière année, où l’évêque ne le permet pas. Tes confrères m’ont raconté qu’au séminaire, sur ta table de chevet, on trouvait le bréviaire et le Herd-book. Même une fois prêtre, tu passes tes lundis à Osches, au milieu des vaches. Amateur de génétique et de concours agricoles, tu aimes à présenter les bêtes de la ferme familiale au concours de la Foire expo. Et il arrive que ce soit tout naturellement l’évêque qui te remette le trophée !
Ordonné prêtre le 27 juin 1971 par Mgr Boillon, tu commences ton ministère comme vicaire à Vigneulles. Ton curé avait « récupéré » trois villages de plus, il te les confie sans crainte. Cela ne te déplaisait pas d’être autonome, et de pouvoir visiter les uns et les autres.
Aumônier diocésain du CMR à partir de 1980, tu quadrilles la campagne pour rejoindre les équipes sur tout le département et aussi en région et assurer des formations. Ta voiture avale les kilomètres, et tu rentres souvent bien tard… ou plutôt tôt le matin. Ce seront des années éreintantes mais nourrissantes.
Mon petit doigt m’a dit que tu avais plus le profil d’un aumônier que d’un curé… En 1986, tu es pourtant envoyé à Triaucourt, avec un jeune ordonné, Bernard. La paroisse s’agrandit progressivement. Au décès de l’abbé Dongé, tu récupères la charge de Rembercourt et alentours. Après un passage éclair à Benoîte Vaux en 1995, tu es envoyé en service sur la paroisse de Damvillers pendant dix ans, de 1996 à 2006.
Tu demandes à prendre ta retraite avec quelques mois d’avance, et te retires à Osches, ton bercail, dans la maison de tes parents, auprès de tes neveux. Là, tu peux profiter de la ferme familiale, du jardin-où tu fais installer une serre pour les tomates – et de tes chats (un peu trop nombreux m’a-t-on dit). Tu donnes des coups de main à Robert, sur la paroisse Saint-Baldéric.
Tu acceptes des responsabilités diocésaines : membre du conseil épiscopal de 1988 à 1992 ; délégué diocésain à la vie religieuse de 2008 à 2016.
En 2023, tu décides d’intégrer l’EHPAD de Clermont. Les premiers mois sont difficiles, et le personnel soignant tend le dos quand tu tempêtes. C’est à Clermont que je te découvre. Pasteur toujours, tu rends visite à ton voisin de chambre (vous priez ensemble), et tu reçois avec plaisir les anciens paroissiens et les confrères qui viennent te saluer (Jean-Louis est un fidèle des dimanches après-midi). Tu tâchais de rester fidèle à la prière des heures, ton bréviaire sur la table, en t’emmêlant parfois dans les semaines. Chaque mois, tu concélébrais la messe à la maison de retraite. On t’enfilait un blanc de travail (parfois un peu long), une étole, et hop, c’était parti.
Attentif à la vie du monde et des gens, tu posais une salve de questions pour savoir quel était le quotidien d’un jeune prêtre d’aujourd’hui. Tu me disais : « Je prie pour toi si tu as besoin d’aide, n’hésite pas. »
Le jour de tes 90 ans, l’évêque te fait la surprise de débarquer dans ta chambre pour te souhaiter un bon anniversaire. Tu en es profondément touché. Plusieurs semaines après, tu t’extasiais encore comme un gamin :
« tu te rends compte, il m’a embrassé !. »
Ces derniers mois, ta santé a décliné. Tu dormais de plus en plus longtemps, marchait de moins en moins. Des chutes ont terni ces dernières semaines.
Ces derniers jours, souvenirs et anecdotes sont parvenus à mes oreilles de la part de ceux qui t’ont connu. Famille et paroissiens gardent de toi le souvenir d’un homme bon, simple, terriblement ancré, attentif aux gens. Au caractère bien trempé aussi… C’est ainsi que le Bon Dieu t’accueillera auprès de lui, en serviteur fidèle. Nous te le souhaitons et prions pour cela.
Que Notre-Dame de Benoîte Vaux veille sur toi. Et de là-haut, prie pour la terre qui t’a vu naître, pour le diocèse où tu as œuvré, et pour tes frères prêtres qui poursuivent la mission.
Père Benoît Bizet