A Dieu Père Jean-Marie AUBRY – homélie du P Jean-Pierre GUERY
Obsèques de Jean-Marie AUBRY
St Martin de Souilly
Lundi 2 Février 2026
Textes Jean 3, 14,16-20 / Jean 12, 24-26
Au moment où l’un de nos proches nous quitte en passant la porte de la mort, il nous arrive de connaître une véritable brisure dans nos relations. Nous ressentons une séparation qui a ceci de nouveau qu’elle semble définitive et entraîne un sentiment d’absence, de manque, de vide. Même si nous nous y étions plus ou moins préparés, cet événement marque une rupture dans nos liens qui sont alors fort bousculés nous ne nous verrons plus, nous ne communiquerons plus en direct ».
Cependant le deuil fait revenir à la mémoire quantité de souvenirs, d’images, de paroles, d’anecdotes et de situations qui donnent le change et c’est comme si la personne défunte était encore là, á rire avec nous, à donner la réplique, à faire valoir son avis.
C’est ainsi, je pense que nous avons pu réagir à l’annonce du décès de notre ami prêtre Jean-Marie AUBRY. Et lorsque nous écoutions, tout à l’heure le récit des grandes lignes de son vécu parmi nous, les étapes de son histoire d’homme, de croyant et de prêtre, celles et ceux qui ont connu et rencontré Jean-Marie, dans le monde agricole, en équipe d’action catholique rurale ou en paroisse ont reconnu sa personnalité. Ils ont pu réentendre et réveiller en eux son accent du terroir, son savoir-faire de jardiner sélectionnant les semences, son savoir-être de pasteur au nom de Jésus et en Eglise.
Jean-Marie nous réunit sur ce plateau de Souilly au cœur de la Meuse où il est né, où il a grandi, où il a découvert et admiré la nature, travaillé les champs et soigné le bétail. Jean-Marie nous rassemble dans cette église où il était venu dans son enfance et au cours de sa jeunesse alors que l’appel de Dieu le touchait et travaillait en lui, jeune adulte se décidant à quitter sa famille, ses terres et sa maison pour entrer au séminaire d’aînés à Faverney en Haute Saône et reprendre des études !
Jean-Marie nous donne d’être ici aujourd’hui, en cette église Saint Martin, une petite cathédrale où il avait reçu l’ordination des mains de Mgr Pierre BOILLON, en juin 1971 Nous réalisons son désir d’être là pour la dernière étape de son parcours Notre cœur rejoint le sien.
Un fort sentiment d’humanité nous relie et l’espérance chrétienne nous offre une vision plus large et plus profonde. Les paroles de Jésus dans la page d’évangile que nous venons d’entendre – s’appuient sur une constatation tout humaine et invitent à comprendre ce qui reste un mystère de Dieu Créateur « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. »
Donner permet de recevoir. Risquer permet de gagner. Mourir permet de vivre ! Tel est le paradoxe de la foi chrétienne, tel est le message de Jésus de Nazareth, tel est son parcours de la crèche à la croix, Christ mort et ressuscité, invisible et toujours à nos côtés !
La première lecture que nous écoutions, une lettre attribuée à l’apôtre saint Jean, nous invitait à entendre un autre point fort de la vie humaine épanouie selon le Dieu auquel nous croyons et que Jean-Marie annonçait à temps et à contre-temps « Parce que nous aimons nos frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n’aime pas reste dans la mort »
Qu’est-ce que cela veut nous dire aujourd’hui ? De quel amour s’agit-il ?
L’auteur de la lettre précise ses propos : « Voici à quoi nous avons reconnu l’amour : Jésus a donné sa vie pour nous nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité ».
Une telle qualité d’amour semble inaccessible, tant sont présents et prégnants l’égoïsme et le chacun pour soi.
L’amour dont parle Jésus, Lui que nous regardons et essayons de suivre, est un amour-charité, un amour-service, un amour-respect du prochain dans la vérité.
Ces formes d’amour sont comme des graines que nous osons offrir aux autres et à Dieu, dans la simplicité du quotidien. Forts de l’exemple vécu par Jésus, nous espérons voir ces gestes d’amour porter du fruit et devenir nourriture de vie éternelle Le pain quotidien se fait Eucharistie, Pain de vie, Corps du Christ.
Ces manières d’aimer ne sont pas simple sentiment ; elles s’incarnent en actes concrets et dans des engagements tenus. Alors que nous ne réussissons pas toujours et que parfois notre cœur peut nous accuser, l’apôtre nous assure que
« Dieu est plus grand que notre cœur et il connait toutes choses ».
Dieu est miséricorde ; en Lui le pardon.
Dans le deuil que nous vivons avec le départ de Jean-Marie AUBRY, comme dans d’autres deuils que nous portons peut-être douloureusement en ces jours, puissions-nous entendre une fois encore combien le Dieu de Jésus-Christ compte sur nous et avec nous. Les uns et les autres, nous sommes invités, appelés à faire en sorte de privilégier le plus possible et toujours davantage l’amour et la vérité, la justice et la paix.
Hommes et Femmes ayant connu Jean-Marie dans le monde rural et en d’autres points de rencontre ; Chrétiens membres de l’action catholique rurale, paroissiens et donnant vie à l’Eglise du Christ en terre de Meuse, entendons ce message que porte la vie de Jésus : les liens humains de tous les jours ont une grande valeur, nous osons même y reconnaître, dans la foi, une présence apaisante de Dieu Amour et Vie,
Créateur et Sauveur !
Avec Jésus, nous trouvons la paix et l’espérance.
Par Jésus, Dieu pardonne et bénit nos vies. Qu’ll donne le repos et la paix à Jean-Marie que nous saluons avec respect et reconnaissance, ainsi qu’à tous ceux qui nous ont précédés et que nous remercions de nous avoir montré le chemin de l’amour.
Abbé Jean-Pierre Guéry