Retrouvez l’homélie de la messe chrismale lors de la journée de rentrée diocésaine

 


« Sur toi, Pierre, je bâtirai mon Église ! » Ce visage de Pierre peut nous séduire, généreux et impulsif, partagé entre la confiance et le doute. Pierre, à travers les siècles, peut nous sembler tout proche de nous, l’un de nous. Le Christ l’a choisi, appelé tel qu’il était, avec ses qualités et ses limites. Pierre, dépositaire des clés, n’a rien d’un concierge de portes verrouillées, il sait que les clés sont aussi faites pour ouvrir. Il passera sa mission à ouvrir l’Eglise pour que le chacun et le monde vive du Christ.

Mais, remarquons que Pierre a reçu sa mission après avoir reconnu en Jésus l’envoyé de Dieu : « Tu es le Messie le Fils du Dieu vivant ». Fort de sa profession de foi, Pierre comptera toujours sur la grâce et la force de Dieu pour mener à bien sa mission. Le chemin de Pierre devient le chemin de tout chrétien car Dieu se révèle à chacun, mystère d’amour et de reconnaissance. A un moment de notre existence, pour dire vrai dans la foi, il nous faudra répondre à cette question : « Pour vous, qui suis-je ? Pour toi, qui suis-je ? ». Et la réponse qui jaillit de notre cœur : « Seigneur tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant, tu es Notre Seigneur » : c’est le cri de la foi, la réponse de la foi.

Hier comme aujourd’hui, toute mission ecclésiale s’inscrit dans cette relation au Christ qui donne aux envoyés que nous sommes les forces nécessaires. Si nous oublions cette relation au Christ, nous oublierons d’être serviteur ! Car l’Eglise est bien l’œuvre de Dieu, le Christ en est la tête, et l’Esprit lui donne la capacité de communier au temps qui est le sien. Et nous, nous en sommes les membres : « Nous sommes baptisés pour former un seul Corps » rappelait St Paul. Apostolique Eglise de plus de 2000 ans qui a tenu contre vents et marées, avec ses avancés prophétiques et ses erreurs. Eglise mise à l’épreuve du temps et de l’histoire. C’est bien dans cette mouvance que nous vivons notre Eglise diocésaine aujourd’hui.

Eglise mise à l’épreuve – comme le monde d’ailleurs, avec le COVID 19, nous sommes dans l’incertitude, la distanciation est nécessaire pour prendre soin les uns des autres. Mais, cela dit, il nous faut continuer à vivre dans la confiance et dans l’attention à l’autre. (matin) Mais, il ne faudrait pas que la distanciation nécessaire pour notre santé devienne une distanciation intérieure. Faites-y attention, notre monde est assez individualiste comme cela.

Eglise mise à l’épreuve – dans sa forme. Jésus dit à Pierre : « Je bâtirai mon Eglise », et non tu bâtiras. Jésus est la Pierre angulaire, notre relation au Christ est prioritaire, fondamentale. Mais, il faut penser ensemble notre Eglise diocésaine :

Pour qu’elle continue à être présente aux plus pauvres – Aujourd’hui avec la pandémie, des gens aux ressources moindres, comment l’Eglise va-t-elle être présente ?
Pour quelle continue à célébrer son Seigneur, se ressourcer par la Parole et l’Eucharistie – Aujourd’hui avec des communautés vieillissantes, la diminution des prêtres, comment continuer à vivre ensemble de la Parole et des sacrements ? La seconde année de l’appel a été victime du confinement mais n’oublions d’appeler !
Pour qu’elle continue à annoncer l’Evangile, Bonne Nouvelle pour l’humanité – Aujourd’hui, il nous faut demeurer témoin du Christ, que nos paroles soient en cohérence avec nos actes.

Ainsi, deux orientations sont essentielles pour cette année :

Quelle Eglise voulons-nous être ensemble à l’horizon 2024 ? Nous allons entrer dans le second temps de la réflexion sur les préconisations à échéance à juin 2021. Il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons besoin. Nous n’allons pas reprendre nos routines, les temps ont changé. Alors, ce qui me semble essentiel pour envisager l’avenir, c’est de nous convertir. Une Eglise qui veut annoncer le Christ, c’est une Eglise qui se convertit, qui inaugure de nouveaux chemins et non pas qui fait valoir ses idées au risque de ne plus écouter les autres. Je sais que je vous demande beaucoup, cette étape est importante car elle invitera à prendre des décisions et à définir un plan d’action. Notre réflexion sera réussie si nous nous mettons tous en chemin pour entendre ce que l’Esprit dit à notre cœur de croyant pour faire vivre notre Eglise diocésaine dans les temps à venir. Ainsi transformée, l’Eglise reprendra sa marche sous le souffle de l’Esprit et pourra continuer à témoigner de l’Evangile aujourd’hui.

La deuxième orientation, c’est l’année Laudato Si, une réflexion écologique, le pape nous dit : « J’invite toutes les personnes de bonne volonté à y adhérer, à prendre soin de notre Maison commune et de nos frères et sœurs les plus fragiles. La prière. La clameur de la terre et la clameur des pauvres ne peuvent durer plus longtemps. Cet appel est d’autant plus urgent à entendre que nous vivons des temps difficiles et inédits dus au coronavirus. Allons-nous recommencer comme avant, comme si rien ne s’était passé ? Ou allons-nous nous engager vers un respect plus grand des êtres humains ? Saurons-nous prendre davantage soin de la nature ? Ne faut-il pas miser sur un autre style de vie ? Autant de questions que nous pourrons nous partager cette année.

Au cœur de la vie de notre diocèse, rappelez-vous ; le visage d’Abraham qui a tout quitter pour répondre à l’appel de Dieu, peut nous éclairer et nous réconforter car : Abraham n’a pas attendu que l’histoire lui permette de croire ; c’est sa foi qui a changé l’histoire !

Pour nous inviter à vivre dans la foi, à vivre dans la fraternité renouvelée :

Le ministère des prêtres, de vos prêtres que vous aimez. Je remercie tous les prêtres pour leur vie et leur ministère. Merci à tous les ministres ordonnés, les consacrés et les acteurs de la vie ecclésiale. Nous nous réjouissons des deux séminaristes qui poursuivent leur formation. Benoit sera ordonné diacre le 11 octobre prochain à Stenay et Gautier. Nous prions pour eux tous.
La bénédiction des Saintes Huiles que nous n’avons pu vivre la semaine sainte : Huile des catéchumènes, signe que le Christ est la seule force pour naître à la vie nouvelle de Chrétien. Huile des malades, signe que le Christ vient communier à ce qu’ils sont devenus et leur donne sa Paix. Huile du St Chrême qui fait de nous des témoins de la Foi. C’est ainsi que se constitue l’Eglise, faite de chacun de nous.

Oui, notre Eglise a un avenir ! Elle n’a d’autre mission que d’inventer et d’appeler à inventer pour aujourd’hui et pour demain des routes d’Evangile. Ce n’est pas la prudence qui provoque la plupart des blocages et des durcissements, mais le manque de foi. Nous avons à aimer l’Eglise comme nous aimons le Christ. Elle n’est pas une simple organisation, ni une institution aux rouages complexes, elle est d’abord Eglise du Christ, habitée par l’Esprit de Pentecôte. Eglise fraternelle, carrefour de partage et de communication, où chacun se sent accueilli tel qu’il est. Tous, nous sommes à la suite du Christ. Pierre est notre grand frère et, comme lui, nous avons nos élans de cœurs, nos avancées et nos freins. Mais, surtout, retenons que sur chacun de nous, par la grâce de notre baptême, de l’eucharistie et de la confirmation, grâce à chacun de nous, fort de notre profession de foi, Jésus construit aujourd’hui son Eglise.

+ Jean-Paul Gusching
Le 6 septembre 2020

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