Pensons à demain, construisons-le ! – Edito de Mgr GUSCHING

Chers amis,

Depuis plusieurs semaines, nous avons été mis à l’épreuve pendant ce temps étrange de confinement qui est arrivé à l’improviste. Chacun l’a vécu à sa manière, avec les repères qui ont été les siens. Un temps où, je crois, la solidarité a été plus présente à travers nos différentes actions, au plus proche, mais aussi, nous le voyons, à travers les gestes d’attention envers le personnel soignant, et tous ceux qui travaillent au bien commun, Pourvu que ça dure ! Car le repli sur soi, la fermeture à l’autre est contraire à l’Évangile et ronge notre humanité ! L’accueil et l’ouverture à l’autre donne du courage.

Nous avons aussi vécu autrement nos relations, peut-être moins superficielles que d’habitude, portant attention à l’autre, à son écoute, lui redonnant confiance. Nous avons laissé de côté, sinon nos divisions, nos incompréhensions pour vivre mieux la fraternité qui a repris des couleurs entre nous, loin de tout individualisme ou domination, en resserrant nos liens humains. La fraternité fait appel au souci que l’on porte les uns des autres.

Alors que les sociétés pensaient être invulnérables, maîtres de leur destinée, toutes puissantes, nous venons de mesurer notre condition de vulnérabilité et de finitude. Nous découvrons que l’infiniment petit met en danger l’infiniment grand. Je crois qu’il nous faut apprendre à vivre autrement après cette période de grande fragilité, qui n’est d’ailleurs pas terminée. Toutefois, ne cédons pas à la peur. Gardons l’Espérance, soyons des contagieux de l’espérance et revenons vers l’essentiel : la fraternité, l’attention à l’autre, la paix, la foi. La charité qui fait partie de notre identité.

Tant de rencontres et célébrations ont été annulées ou ajournées comme les pèlerinages, l’école de prière, les sacrements d’initiation chrétienne… Nous avons dû vivre des temps liturgiques différemment, je pense notamment à la semaine sainte et à la fête de Pâques. J’ai essayé de vous rejoindre par divers messages sur le site du diocèse et par courriels. Certains ont gardé contact par téléphone, le journal quotidien. D’autres ont mis en place, grâce aux réseaux sociaux, des temps de célébrations et prières, qu’ils en soient remerciés. Le dimanche de la Pentecôte a permis à certaines communautés de se rassembler comme était ma demande. Il nous faut réapprendre à sortir aujourd’hui en nous préservant les uns les autres.

L’Eglise est rassemblement, elle ne peut exister sans l’autre, accueillant et confiant. L’Esprit nous fait Eglise, il assemble des parties différentes en un unique Corps harmonieux. Il est Celui qui harmonise et donne unité à la diversité. En nous laissant guider par l’Esprit, la diversité ne deviendra pas conflit mais communion, nous ferons Eglise, Corps du Christ, dans la complémentarité. Sans l’Esprit, l’Église deviendrait une organisation, la mission une propagande, la communion un effort. Là n’est pas la route de l’Esprit, c’est la route de la concurrence et de la division. C’est l’Esprit qui donne le courage de parcourir les routes de notre diocèse en portant l’Évangile !

Dès aujourd’hui, il nous faut penser à demain avec ses questions récurrentes au niveau de la vie économique et sociale. Nous avançons vers l’avenir dans l’inquiétude…avec courage. Face à la crise sanitaire, nous sommes tous vulnérables. Elle frappe de plein fouet les familles aux revenus modestes, les jeunes précaires, les entreprises fragiles… Quelle solidarité mettre en œuvre pour éviter, comme le dit le secours catholique, un naufrage social ? Je n’ai pas de réponse toute faite mais l’expérience du confinement a peut-être donné quelques clés pour progresser collectivement vers une humanité renouvelée, pour ne pas recommencer comme avant. Comment ces épreuves nous auront-elles permis de changer notre regard, de porter du fruit ? En portant notre regard bienveillant sur l’autre, en retissant les liens de fraternité qui donne le sourire et la vie. Car où est la vie ? Dans le chacun pour soi, dans l’indifférence, l’individualisme ou dans le regard porté sur l’autre, l’attention, la parole qui fait du bien ?

Aujourd’hui, il nous faut engager l’avenir, n’attendons pas septembre en se disant « laissons passer les mois de vacances, on a le temps ». L’Evangile nous mobilise aujourd’hui, la vie continue pour apporter plus d’humanité à notre monde, pour annoncer Jésus qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Ne vivons pas désenchantés, avec une certaine lassitude… Levons-nous et soyons disponible à l’Esprit ! Les célébrations ont repris à l’intérieur de nos églises : les baptêmes, mariages, obsèques ainsi que la messe dominicale en prenant bien sûr en compte les dispositions sanitaires. Après ce temps de privation, il est bon que chaque paroisse se rassemble, célèbre et vive une eucharistie chaque semaine.

Quelle Eglise voulons-nous être ensemble à l’horizon 2024 ? Ce temps inédit nous a contraint à une pause. Nous allons bien sûr continuer notre réflexion mais nous ne pouvons faire l’économie de ce que le monde a vécu durant ces deux mois. L’équipe du CAR va nous permettre, dans les semaines à venir, de ressaisir où nous en sommes pour mieux avancer.

Mais aussi, il nous faudra partager ce que nous avons vécu, senti, appris durant ce temps de confinement. Cette période fut éprouvante : peurs, angoisses, tensions, incompréhensions, colères, deuils… Cette relecture sera utile pour se dire les uns aux autres et pour ouvrir l’avenir, c’est-à-dire vérifier la pertinence et la manière de mener nos actions, inventer de nouvelles réponses et les vivre en communautés ecclésiales. L’Eglise ne cherche pas à imposer son langage propre, mais entrera dans le langage des hommes pour leur annoncer les merveilles de Dieu.

La fête diocésaine est aujourd’hui envisageable. Elle sera vécue autrement vu les circonstances, elle rassemblera le diocèse le dimanche 6 septembre à Benoîte-Vaux. Vous trouverez le déroulement de la journée dans ce numéro et les modalités vous seront données ultérieurement. Mais, il m’a semblé essentiel de reprendre l’année ensemble. Comme de coutume, la messe dominicale en paroisse sera célébrée le samedi soir pour permettre aux pasteurs d’être présents dès le dimanche matin. Il y va de la vie et de l’avenir de notre diocèse.

Chers amis, prions l’Esprit chaque jour : Toi qui transformes la peur en confiance et la fermeture en don, viens en nous. Donne-nous la joie de la résurrection, l’éternelle jeunesse du cœur. Toi qui fais de nous un seul corps, remplis l’Église et le monde de ta paix. Esprit Saint, rends-nous artisans de concorde, semeurs de bienveillance, apôtres d’espérance.

+ Jean-Paul GUSCHING