Homélie du 15 avril 2018

      HOMELIE   DU  15  AVRIL        (Luc 24, 35-48)

Encore un récit qui relate la rencontre de Jésus ressuscité avec ses disciples… Nous sommes là dans l’évangile de Luc et ce texte fait suite à la « marche » de Jésus avec les disciples d’Emmaüs. Tous ces textes ont quelque chose de semblable qui ne peut que nous interroger : Tous ces témoins privilégiés qui ont vécu avec Jésus ne le reconnaissent pas… Marie Madeleine le prend pour le jardinier, les disciples d’Emmaüs discutent longtemps avec Jésus sans se rendre compte que c’est lui, les apôtres qui sont repartis à la pêche, reprenant leur ancien métier à la suite de la mort de Jésus etc… C’est un mot, un geste, une attitude qui les fait reconnaître : Marie Madeleine reconnaît Jésus quand il lui dit simplement : « Marie ». Les disciples d’Emmaüs le reconnaissent dans le partage du pain. Jean reconnaît Jésus au moment où, la pêche devenant miraculeuse, il les interpelle en les appelant : « Les enfants… »  etc…
Dans le texte d’aujourd’hui, il y a toujours cette frayeur, cette crainte, malgré cette paix, cette sérénité que Jésus leur propose chaque fois qu’il apparaît ! Et ils croient voir un esprit ! Et Jésus insiste : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai… »  C’est clair comme réflexion mais pour les disciples ce n’est pas suffisant, il est obligé de manger devant eux du poisson grillé ! » Cette insistance sur cet aspect « corporel » de Jésus a surement un sens. On sait que tout au début de l’Eglise, un courant refusait de croire que le Jésus vraiment homme que beaucoup avaient connu, fait de chair et de sang et le Jésus fils de Dieu était vraiment la même personne ; d’où cette insistance qu’on trouve en plusieurs endroits dans l’évangile de nous montrer les signes de sa passion sur le corps du ressuscité.
Mais alors quelles sont les conséquences pour nous aujourd’hui de ce message rappelé un peu crument du Fils de Dieu fait de chair et d’os. J’avoue avoir été éclairé par la réflexion d’un ami prêtre à propos d’un mot bien connu et souvent employé de Jésus sauveur, du salut etc…J’ai eu le sentiment qu’il « incarnait » le sens de sauver, il lui donnait chair. Je m’explique, ce prêtre reprenait un fait d’un autre prêtre racontant sa rencontre à propos des obsèques dans une famille toute simple… Ce dernier résumant sa rencontre dont il était ressorti admiratif : « Ce qui m’a plu ça a été  l’ambiance de la rencontre plus que ce qui s’est dit… Ils étaient tous autour de la table, heureux que quelqu’un les écoute, parle avec eux ! » Et donc le prêtre a relu le fait de l’autre prêtre en lui disant : « Par ton écoute, par ton amitié, tu as donné sens à la vie de ces personnes autour de la table. L’humain reprend toute sa place… C’est ça sauver, c’est sauver de la banalité, c’est sauver de l’anonymat ! » A travers cette réflexion je mesure la richesse de ce verbe sauver qui concrètement fait exister… Et ça prend vraiment tout son sens quand c’est fait de chair et d’os, sinon c’est pseudo-spirituel, mystico-gélatineux ! Cela peut faire une belle homélie mais ça ne sert à rien.
Et ce que j’ai lu hier dans la journal La Croix de l’attitude du Pape par rapport à son propre comportement vis-à-vis de certains prêtres pédophiles au Chili a aussi, et d’une manière incroyable, donné sens à cet évangile. Le pape François reconnaît personnellement de « graves erreurs » dans la gestion d’un dossier d’abus sexuels. Et il demande pardon de la mauvaise appréciation d’un dossier dont il n’avait pas pris la bonne mesure, ce qui l’avait conduit à récuser avec virulence certaines accusations qui se sont avérées exactes. Je trouve génial cette réaction du pape qui par rapport à un évènement bien concret, bien précis, reconnaît sa faute, son erreur…  En agissant ainsi, il casse le tabou du pape infaillible : Il est fait de chair et d’os aussi et dans le concret, il reconnaît son humanité.  En confessant devant tous son erreur, le pape rend un grand service à l’Eglise. Il ne se barricade pas dans un déni, ne cherche pas d’échappatoire ni de faux fuyants, par exemple en rejetant la faute sur des collaborateurs qui l’auraient mal informé. Aucun masochisme dans cette attitude mais, au contraire, une volonté de lever des obstacles et d’avancer. Il marque ainsi solennellement qu’il prend toute sa part dans l’épreuve de vérité que représentent pour l’Eglise les abus sexuels en son sein. Par cette attitude, tout le monde en ressort grandi… Ce pape en acceptant, en reconnaissant son humanité, en prenant le risque de la vérité sauve l’Eglise mais en plus il sauve le monde ! Se reconnaître, et en même temps reconnaître que Jésus est fait comme nous de chair et d’os,  permet de regarder tous les faits de vie les plus petits, les plus humbles, ceux qu’on catalogue très vite comme insignifiants en y puisant une source de la Divinité ! La réflexion de cet ami prêtre, la réaction et la réflexion su Pape nous renvoient non sans raison à un refus du « spirituel » qui serait décroché de la chair et du sang.

Daniel Bertèche