Homélie du 21 janvier 2018

Dimanche dernier, dans l’évangile de Jean nous avions le début du ministère de Jésus avec l’arrivée des premiers apôtres ; aujourd’hui, dans l’évangile de Marc, nous avons aussi l’appel des mêmes premiers apôtres mais raconté de manière différente : Nous savons que l’important n’est pas la précision historique mais le message qui nous est révélé. Et c’est avant tout cela qui nous intéresse.

Cet évangile commence par la description de la situation politique du moment avec les conséquences importantes pour Jésus : Hérode  vient d’arrêter Jean Baptiste et il va le faire mourir. Jésus, avec raison, pense que ce qu’Hérode fait pour Jean Baptiste, il peut très bien le faire vis-à-vis de lui. D’où la nécessité pour lui de quitter la Judée pour se réfugier en Galilée. La Judée, c’est Jérusalem, son temple, endroit par excellence pour annoncer la Bonne Nouvelle et être entendu surtout de croyants juifs. Alors que la Galilée, c’est Nazareth, c’est un pays suspect, rappelons-nous la réflexion populaire : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth.. » Et pourtant c’est de là que va être annoncée cette Bonne Nouvelle, il y a déjà dans ces circonstances tout un message !

C’est souvent là où on l’attend le moins que la Bonne Nouvelle est présente
Alors quelle est cette Bonne Nouvelle : « Le Règne de Dieu est tout proche » Ce qui veut dire que c’est le Royaume qui s’approche de nous : nous n’avons qu’à l’accueillir… Nous ne croirons jamais assez à la gratuité du don de Dieu… Et ce Règne de Dieu, il est là, c’est déjà une réalité, à nous de le découvrir, pour pouvoir l’accueillir. Et c’est pour cela qu’il est question de conversion. La conversion à laquelle Jésus nous invite consiste à croire tout simplement que ce don de Dieu est actuel et qu’il est gratuit. Nous connaissons bien l’expression : « Convertissez-vous, croyez à la Bonne Nouvelle… » (Entre parenthèses, la nouvelle traduction a remplacé, à tort, le mot Bonne Nouvelle par celui d’Evangile… Ce qui veut dire la même chose mais qui pour nous ne parle pas de la même manière : L’Evangile pour nous, c’est un livre, pas obligatoirement une bonne nouvelle..) Et c’est là qu’on peut redécouvrir que la conversion, se convertir, c’est croire à une Bonne Nouvelle, c’est croire que la Nouvelle est Bonne : Dieu est amour et pardon, et son amour est pour tous.

Si on veut résumer ce message de Jésus, c’est : le Règne de Dieu est tout proche, il est là,  à nous de le découvrir, de l’admirer…. Pour le trouver, il faut, de manière inattendue, passer plus souvent par la Galilée que par Jérusalem ! Et la conversion proposée par Jésus, c’est admirer et se réjouir de cette Bonne Nouvelle bien présente là tout près de nous. Si nous ne la voyons pas, ce n’est pas qu’elle n’y est pas, c’est que nous avons besoin de nous convertir pour la découvrir. Et ce n’est jamais facile : Nous sommes tous doués pour voir ce qui ne va pas, pour déplorer les mauvaises nouvelles, pour critiquer et condamner. Mais voir et admirer cette Bonne Nouvelle toute proche de nous, nous en réjouir, en voyant que le plus souvent, ça passe par la Galilée (que peut-il sortir de bon ?) alors là…. Et pourtant la vie nous dit que c’est vrai !

Nous nous sommes retrouvés à un groupe de six, vendredi soir pour préparer la rencontre trimestrielle de vendredi prochain avec tous les volontaires de la paroisse. Nous avons tous eu le souci de regarder la bonne nouvelle bien présente dans nos vies, celle de nos voisins, dans les évènements. Plusieurs fois, il a fallu qu’on s’aide les uns les autres pour ne pas tomber dans le pessimisme (groupes de personnes âgées, manque de relève, village sans personne pour distribuer le bulletin paroissial, pour s’occuper de l’église) et voir, je dirais même contempler dans la durée toujours combien cela bouge, pas toujours comme on l’aurait voulu, avec davantage de lenteurs, surtout pas à partir de nous et que c’est une super bonne nouvelle. Cette invitation à nous convertir pour regarder la vie comme une bonne nouvelle, je l’ai vécue dans la rencontre de personnes à propos d’une préparation de l’enterrement d’un homme mort très brutalement, en très peu de temps, d’un cancer. Le fils me disait que lui et ses frères er sœurs avaient du mal à admettre que son père n’ait pas plus pris soin de sa santé. Il s’en est allé, il a caché son mal, par peur de la vérité sur son état de santé. Quelque part, ils lui en voulaient, ne comprenant pas son attitude de se cacher la vérité et de la cacher aux autres. Je leur ai tout simplement partagé comment moi aussi, j’avais eu les mêmes réactions au début de ma maladie et qu’on ne sait pas toujours pourquoi, on réagit ainsi. Je leur ai dit que je comprenais sa réaction, l’ayant eue moi-même ! Cela a eu le don d’apaiser leur ressentiment…Après coup je me suis dit : « Le fait que j’ai eu les mêmes réactions que leur père à partir de la maladie. Je peux le relire comme une bonne nouvelle. Elle me permet de ne pas juger, de comprendre et pourquoi pas d’aider d’autres à changer de regard sur quelqu’un qui leur est cher. »

Daniel Bertèche