Homélie du dimanche 17 janvier 2018

Quel beau texte ! On l’appelle à tort, l’appel des premiers disciples, parce qu’il correspond à ce que l’on trouve dans les trois autres évangiles où Jésus appelle véritablement les premiers apôtres : « Viens, suis-moi ! ». Ici, rien de tout cela, tout est beaucoup plus délicat, plus respectueux, plus attentif à chacun…

Je me dis que dans la réalité ça a du se passer comme cela.

Regardons rapidement ce texte pour y découvrir les richesses et après je m’arrêterai sur des choses essentielles dans cet évangile. C’est d’abord Jean Baptiste, qui, juste avant, a répondu aux responsables religieux juifs : « Je ne suis pas le messie… » Et qui dit à ses disciples qui étaient là : « Voici l’Agneau de Dieu… » Il ne dit pas le Christ Roi, ni même le messie, il dit l’agneau…

Cela donne déjà une indication qu’on n’est  ni dans la force ni dans la puissance mais plutôt dans la faiblesse et l’amour.

Jean Baptiste en indiquant à ses disciples qui est Jésus prend le risque de les perdre et c’est ce qui va arriver, ils vont suivre Jésus. D’ailleurs dans ce texte on bouge beaucoup : Jésus va et vient… Les disciples suivent Jésus… Ils allèrent donc voir où Jésus demeurait. André amena son frère à Jésus…

Tous ces mouvements sont là pour signifier que ça bouge à l’intérieur de toutes ces personnes… Ces rencontres ne sont pas anodines, il se passe plein de choses au niveau du cœur, ils sont vraiment remués, on peut dire que ça bouillonne. Et cela peut nous remettre en cause quand nous avons perdu le moral, que nos nous enfermons sur nous-mêmes et ne bougeons plus. Jésus nous invite à faire fonctionner notre cœur !.

Mais je voudrais m’arrêter sur une expression répétée et qui donne le sens profond de ce texte qui ne peut que rejaillir sur nous : « Jean Baptiste posant son regard sur Jésus… » « Jésus dit :’Venez et vous verrez ‘ ils virent… » « Jésus posa son regard sur Simon… » Il s’agit de savoir regarder et pas n’importe comment… L’expression « poser sur quelqu’un son regard » est très présente dans l’évangile : Très souvent, elle se trouve être l’attitude de Jésus : « Posant sur lui son regard, Jésus se mit à l’aimer ! » Voilà l’expression complète qui dit tout et qui nous éclaire !

Car nous aussi, aujourd’hui, nous nous posons la même question que les deux disciples : Dans notre monde d’aujourd’hui si tordu, si mal foutu,  mais où demeure Jésus ? Et Jésus nous répond : « Venez et vous verrez ! » Il nous invite à bien regarder, c’est-à-dire avec son cœur, pour voir toutes les belles choses qui se vivent  qui montrent que Jésus est là, dans toute cette humanité. Mais nous savons bien combien c’est souvent difficile à voir, qu’on a souvent besoin des autres qui nous indiquent : « Venez et vous verrez ! »

Je l’ai vécu d’une manière très forte cette semaine à travers la rencontre d’une personne à l’occasion de l’enterrement de sa maman. A un moment, cette personne a évoqué les dernières années de sa maman suite à la mort accidentelle d’un de ces fils et de la nécessité de déménager qui l’ont profondément perturbée et entraîné une certaine nuit de l’esprit. Cela a obligé sa fille à une surveillance permanente, un accompagnement de tous les instants en plus de sa propre vie à elle et les siens. J’ai pu mesurer toute la difficulté et le poids presqu’inhumain d’une telle vie. Et j’avoue qu’en l’entendant et en mesurant toute la souffrance de l’une et de l’autre, je n’y voyais que du négatif… Allant jusqu’à dire que la mort de cette femme était une libération pour elle et pour sa fille, et que c’était sans doute mieux comme cela. Elle ne m’a pas laissé dire les choses ainsi en me montrant concrètement comment elle vivait, y compris à travers cette situation des belles choses, comment elle retrouvait sa maman dans sa manière de manier toujours l’humour et de donner de l’amour. C’est elle qui m’a indiqué : « Venez et vous verrez ! » Cela m’a d’ailleurs rappelé un autre enterrement que j’ai fait,  il y a très longtemps (j’étais encore à Stenay) où dans les mêmes circonstances plus marquées encore dans le sens de l’inconscience, j’avais fait mon homélie sur l’amour totalement gratuit de quelqu’un vis-à-vis de celui qui ne peut rien donner en échange. Heureusement juste avant l’enterrement j’avais fait lire mon homélie à un des fils de la femme que j’enterrais. Celui-ci m’a dit son désaccord en me racontant comment il communiquait de manière étonnante avec sa maman et donc que son amour pour elle n’était pas gratuit, il y avait une réponse… (J’ai bien sûr corrigé le tir !) Mais ces faits extrêmes sont là pour m’aider à entendre Jésus quand je lui pose parfois cette question en voyant la vie de notre monde d’aujourd’hui : « Mais où demeures-tu ? » Il me répond : « Viens et tu verras…Mais uniquement si tu oses poser ton regard sur les personnes pour les regarder avec ton cœur et surtout, si tu veux vraiment y parvenir,  laisse-toi aider par les autres ! »

Daniel Bertèche