Notre père – Nouvelle traduction

Le Notre Père vient de l’Évangile de Matthieu (Mt 6 / 9-13) et il en existe une autre version, plus brève dans l’Évangile de Luc (Luc 11/2-4). C’est à partir de ces deux textes, écrits au départ en grec, qu’a été composée la prière du « notre père » que nous connaissons aujourd’hui.

Une nouvelle traduction française 

« Ne nous soumets pas à la tentation » devient « ne nous laisse pas entrer en tentation ». La décision de modifier la prière du Seigneur n’allait pas de soi : d’abord parce qu’elle est la prière la plus mémorisée par les fidèles, ensuite parce que la traduction en usage a fait l’objet d’un consensus œcuménique. Il fallait donc de sérieuses raisons pour ce changement.

Fidélité au texte grec

Il faut d’abord dire que ce verset est très complexe à traduire. Les exégètes estiment que derrière l’expression en grec du texte de Matthieu 6/13 et de Luc 11/4, se trouve une manière sémitique de dire les choses. Aussi, la formule en usage depuis 1966, « ne nous soumets pas à la tentation », sans être excellente, n’est pas fautive d’un point de vue exégétique. Mais il se trouve qu’elle est mal comprise des fidèles à qui il n’est pas demandé de connaître les arrière-fonds sémitiques pour prier en vérité la prière du Seigneur.

Fidélité à l’esprit de l’Évangile

La difficulté est celle d’exprimer et d’entrer dans le mystère de Dieu dans sa relation aux hommes et au monde marqué par la présence et la force du mal. Le récit de la tentation de Jésus est éclairant. Après son baptême, au début de son ministère public, Jésus va livrer combat avec le tentateur lui-même, combat redoutable car c’est au cœur même de sa mission de Messie et de Sauveur des hommes, de sa mission de Fils envoyé par le père que Satan va le tenter.

Une décision pastorale

La nouvelle traduction, « ne nous laisse pas entrer en tentation », écarte l’idée que Dieu lui-même pourrait nous soumettre à la tentation. Le verbe « entrer » reprend l’idée ou l’image du terme grec d’un mouvement, comme on va au combat, et c’est bien du combat spirituel dont il s’agit. Mais cette épreuve de la tentation est redoutable pour le fidèle. Si le Seigneur, lorsque l’heure fut venue de l’affrontement décisif avec le prince de ce monde, a lui-même prié au jardin de Gethsémani : « Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi », à plus forte raison le disciple qui n’est pas plus grand que le maître demande pour lui-même et pour ses frères en humanité : « ne  nous laisse pas entrer en tentation ».

D’après un texte de Jacques RIDEAU publié par la CEF. Jacques RIDEAU est ancien directeur du Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle. Il est actuellement directeur au séminaire français de Rome.